top of page

Soins médicaux en prison en Belgique : quels sont les droits du détenu ?

Dernière mise à jour : 4 juin


3 juin 2026


Votre proche est en prison et il a besoin de soins médicaux. Est-ce qu'il verra un médecin rapidement ? Peut-il continuer son traitement en cours ? Peut-il consulter un médecin de son choix ? Et que faire si ses soins sont refusés ou insuffisants ? La loi est claire : un détenu a droit à des soins de santé équivalents à ceux de la société libre. En pratique, la réalité est souvent en deçà de ce principe. Cet article explique ce que la loi garantit et ce que la famille peut faire pour que ces droits soient respectés.


En bref. Le détenu a droit à des soins de santé équivalents à ceux dispensés en dehors de la prison. C'est un principe garanti par la loi. Il doit être vu par un médecin le plus rapidement possible après son incarcération, et il peut demander à être inscrit à la consultation chaque fois qu'il le souhaite. Les traitements en cours avant l'incarcération doivent être poursuivis. Le détenu a le droit de recevoir la visite d'un médecin de son choix, à ses frais. En cas de désaccord avec le médecin de la prison, un troisième médecin peut être désigné. Si la prison n'est pas équipée pour un traitement spécialisé, le détenu doit être transféré vers un hôpital.

Quel est le principe général ?


La loi de principes garantit à tout détenu le droit à des soins de santé qui visent à promouvoir, conserver ou restaurer son bien-être physique, psychique et social. Ces soins doivent être équivalents aux soins dispensés dans la société libre.


Ce principe d'équivalence signifie que la détention ne peut jamais justifier des soins de moindre qualité. En pratique, les moyens disponibles dans les prisons belges sont souvent insuffisants — mais le droit existe, et il est invocable.


Que se passe-t-il à l'arrivée en prison ?


Le détenu doit être conduit auprès du médecin attaché à la prison le plus rapidement possible après son incarcération. Les traitements en cours avant l'incarcération doivent être poursuivis de manière équivalente. Si votre proche prend des médicaments quotidiens, ce traitement ne peut pas être interrompu — c'est une obligation légale.


En pratique, la prise en charge initiale peut prendre quelques jours selon la surpopulation et les effectifs médicaux disponibles. Si votre proche a un traitement en cours, assurez-vous que le greffe dispose d'une copie des prescriptions et du nom du médecin traitant dès le premier jour.


Comment le détenu accède-t-il aux soins au quotidien?


Une équipe d'infirmiers travaille en permanence dans la prison. Le détenu peut se rendre chez le médecin de la prison chaque jour, aux heures fixées par le règlement intérieur de l'établissement. Il peut demander à être inscrit à la consultation chaque fois qu'il le souhaite — ce droit ne peut pas être limité.


Les soins de première ligne (médecine générale, soins infirmiers) sont assurés par le personnel médical de la prison. Les soins spécialisés (psychiatrie, chirurgie, dentaire) sont organisés dans des centres pénitentiaires spécialisés ou, si nécessaire, dans des hôpitaux extérieurs.



Le détenu peut-il voir un médecin de son choix ?


Oui. La loi distingue deux situations.


Le droit de visite du médecin de choix. Le détenu a le droit de recevoir la visite d'un médecin de son choix, à ses propres frais. Ce médecin peut l'examiner, le conseiller, et communiquer par écrit au médecin de la prison son avis sur le diagnostic, les examens et le traitement proposés. Si les deux médecins restent en désaccord après concertation, un troisième médecin est désigné d'un commun accord avec le consentement du détenu.


Le droit d'être traité par le médecin de choix. Le détenu peut demander à être traité en prison par un médecin de son choix. Cette demande nécessite l'autorisation du médecin référent du service central de coordination des soins médicaux de l'administration pénitentiaire. Le médecin référent doit répondre par écrit et de manière motivée dans les sept jours. En cas de refus, le détenu peut introduire un recours devant la commission d'appel.


Que se passe-t-il si la prison n'est pas équipée pour traiter le détenu ?


Lorsqu'un détenu a besoin d'un examen diagnostique ou d'un traitement spécialisé pour lequel la prison n'est pas équipée, il doit être transféré vers une prison spécialisée ou vers un hôpital disposant des équipements nécessaires. Ce transfert est demandé par le médecin attaché à la prison. L'hôpital est alors considéré comme une annexe de la prison pour la durée du séjour.


Qui finance les soins médicaux en prison ?


Depuis janvier 2023, les soins dispensés en dehors des murs de la prison (consultations spécialisées, hospitalisations) sont remboursés par l'INAMI. Cette réforme vise à aligner progressivement les soins pénitentiaires sur le système de santé général.



Le médecin de choix consulté à l'initiative du détenu est en revanche à sa charge — c'est la famille qui finance ces consultations via le compte personnel du détenu.


Pour les soins externes, le dispensateur facture directement à la mutualité, et en cas d'hospitalisation, aucun supplément ne peut être facturé, ni de chambre ni d'honoraires.


Que se passe-t-il si la santé du détenu se dégrade à cause de la détention ?


Lorsqu'un médecin traitant estime que la santé mentale ou physique d'un détenu subit de graves dommages du fait de la poursuite de la détention ou de toute circonstance liée à la détention, il en informe le directeur de la prison, avec l'accord du détenu.


En cas de danger de mort ou de décès, le directeur veille à ce que les proches du détenu soient informés immédiatement.


L'indépendance des prestataires de soins


Les médecins et les prestataires de soins exerçant en prison conservent leur indépendance professionnelle. Leurs évaluations et décisions sont fondées uniquement sur des critères médicaux. Ils ne peuvent pas être contraints d'accomplir des actes qui compromettraient leur relation de confiance avec le détenu.


Concrètement : le médecin de la prison ne peut pas être utilisé par la direction comme instrument de discipline ou de pression. Son rôle est exclusivement médical.


Les soins en cellule de punition et en isolement


En cellule de punition, le détenu conserve le droit à l'aide médicale et psychosociale. Le directeur et un médecin doivent lui rendre visite quotidiennement, et les observations du détenu sont consignées dans un formulaire versé à son dossier.


En isolement dans l'espace de séjour, le directeur et un médecin doivent rendre visite au détenu au moins une fois par semaine.


Ce que la famille peut faire concrètement


Transmettre les informations médicales dès le premier jour. 


Si votre proche suit un traitement, préparez une liste de ses médicaments, le nom de son médecin traitant, et une copie de ses prescriptions. Transmettez ces documents au greffe de la prison.


Alimenter le compte du détenu. 


Si votre proche souhaite consulter un médecin de son choix, les frais sont à sa charge. Le compte personnel doit être alimenté.



Signaler une interruption de traitement. 


Si votre proche vous informe que son traitement a été interrompu ou modifié sans raison médicale, contactez l'avocat. La continuité des soins est un droit légal.


Signaler une détérioration de l'état de santé. 


Si l'état de santé de votre proche se dégrade, exigez par l'intermédiaire de l'avocat qu'un médecin l'examine. Si la prison ne réagit pas, une plainte devant la commission des plaintes est possible. Consultez notre guide sur le droit de plainte


Demander un transfert hospitalier si nécessaire. 


Si votre proche a besoin de soins spécialisés que la prison ne peut pas fournir, le médecin de la prison est tenu de demander son transfert vers un hôpital.


Les erreurs qui coûtent cher


Ne pas transmettre les prescriptions en cours à l'arrivée. 


Sans cette information, la prison ne peut pas assurer la continuité des soins. Chaque jour perdu peut aggraver l'état de santé.


Accepter une interruption de traitement sans réagir. 


La continuité des soins est un droit. Un traitement ne peut être modifié ou interrompu que sur décision médicale motivée.


Ne pas demander un médecin de choix quand c'est nécessaire. 


Le droit existe. Si les soins dispensés par le médecin de la prison sont insuffisants, le détenu peut faire venir un médecin extérieur à ses frais.


Ne pas contester un refus de soins. 


Le refus de soins ou le refus d'autoriser un médecin de choix peut être contesté devant la commission d'appel. Le délai est de sept jours.


Questions fréquentes


Le détenu est-il vu par un médecin à son arrivée en prison ?


Oui. Il doit être conduit auprès du médecin de la prison le plus rapidement possible après son incarcération.


Son traitement en cours sera-t-il poursuivi ?


Oui. La loi impose la continuité des soins. Transmettez les prescriptions au greffe dès le premier jour.


Peut-il voir un médecin de son choix ?


Oui, à ses propres frais. Le médecin peut l'examiner et communiquer son avis au médecin de la prison. En cas de désaccord, un troisième médecin peut être désigné.


Peut-il être traité par un médecin de son choix en prison ?


Oui, mais cela nécessite l'autorisation du médecin référent central. En cas de refus, un recours est possible devant la commission d'appel dans les sept jours.


Qui paye les soins en prison ?


Le SPF Justice finance les soins dispensés en prison. Le médecin de choix est à la charge du détenu. Depuis 2023, les soins hors prison sont remboursés par l'INAMI.


Que faire si le traitement est interrompu ou si les soins sont insuffisants ?


Contactez l'avocat. Une plainte devant la commission des plaintes peut être possible dans les sept jours suivant la décision (ou l'absence de décision).


Le médecin de la prison est-il indépendant ?


Oui. Son indépendance professionnelle est garantie par la loi. Il ne peut pas être instrumentalisé par la direction.


Que se passe-t-il en cellule de punition ?


Le droit aux soins est maintenu. Le directeur et un médecin doivent rendre visite au détenu quotidiennement.



Le présent article reflète l'état du droit au 4 juin 2026. Les conditions pratiques d'accès aux soins varient considérablement d'un établissement à l'autre. Si les droits de votre proche ne sont pas respectés, consultez un avocat spécialisé.

Commentaires


Les commentaires sur ce post ne sont plus acceptés. Contactez le propriétaire pour plus d'informations.
bottom of page