Votre enfant entendu seul par le SAJ, le SPJ ou le juge : comment le préparer
Dernière mise à jour : il y a 3 jours
On vous annonce que votre enfant sera entendu. Seul. Sans vous dans la pièce. Pour un parent suivi par le SAJ ou le SPJ, c'est l'un des moments les plus angoissants d'un dossier : il va parler, et vous ne saurez pas ce qu'il a dit. La tentation de le préparer est immense — et c'est précisément là que se joue l'erreur la plus coûteuse.
Ce qui suit relève du Code de la prévention, de l'aide à la jeunesse et de la protection de la jeunesse de la Communauté française (décret du 18 janvier 2018). L'audition d'un enfant dans une procédure civile devant le tribunal de la famille obéit à des règles distinctes. À Bruxelles, selon le service qui intervient, l'aide à la jeunesse peut relever de textes spécifiques.
Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. L'entretien séparé est prévu par le Code, dans l'intérêt de l'enfant : ce n'est pas dirigé contre vous. Le directeur convoque en tout cas l'enfant dès douze ans, et entend celui qui le demande quel que soit son âge. L'avocat de l'enfant doit être convoqué en vue de tout entretien avec lui. Tout ce qui lui est dit doit l'être dans un langage accessible. Votre rôle est de le rassurer et de le libérer, jamais de lui dicter : un enfant qui récite s'entend immédiatement, et le soupçon d'influence jette un doute rétroactif sur tout ce que vous direz ensuite.
Pourquoi il est entendu seul
Le texte le prévoit expressément : dans l'intérêt de l'enfant, un entretien séparé peut avoir lieu avec lui — ou avec les personnes qui l'accompagnent. La raison est simple et n'a rien d'hostile : un enfant qui parle devant ses parents parle pour eux. Il protège, il ménage, il devine ce qu'on attend. Le laisser seul est la seule manière d'entendre autre chose qu'un écho.
Le directeur du SPJ, dans le cadre contraint, convoque en tout cas l'enfant dès douze ans. Et il entend l'enfant qui le demande, quel que soit son âge — un enfant de huit ans qui veut parler a le droit d'être entendu. Le même principe vaut dès le premier contact avec le service : voyez Convoqué au SAJ : préparer le premier entretien.
Ce que votre enfant a le droit d'attendre
Un langage accessible : toutes les décisions prises à son égard et toutes les informations qui lui sont fournies doivent lui être communiquées dans des mots qu'il comprend.
Le respect de sa personne et de son individualité, et l'absence de toute forme de violence physique ou psychique.
Son avocat : dès douze ans, il est assisté ; l'avocat doit être convoqué en vue de tout entretien avec lui.
Un accompagnement adapté s'il consulte son dossier, tenant compte de son degré de maturité : on ne laisse pas un enfant lire seul ce qui s'écrit sur sa famille.
Si l'un de ces points n'a pas été respecté, ce n'est pas anecdotique : demandez par écrit ce qui s'est passé et faites-le acter — à qui s'adresser quand vos droits ne sont pas respectés. Le rôle exact de l'avocat du mineur est détaillé dans Dès 14 ans, votre enfant décide aussi.
Ce qu'on lui demandera, en réalité
Pas un témoignage à charge. Plutôt : comment ça va à l'école, avec qui il vit, ce qu'il aime, ce qui l'inquiète, comment se passent les soirées, ce qu'il voudrait voir changer. Des questions ouvertes, adaptées à son âge. Ce qui est observé compte autant que ce qui est dit : est-il à l'aise, se sent-il libre de parler, semble-t-il porter quelque chose de trop lourd pour lui.
Le préparer : ce qui aide
Dites-lui la vérité sur le cadre : « une personne va te poser des questions sur la maison, sur l'école, sur ce que tu ressens. »
Libérez-le : « tu peux dire ce que tu penses, même si ça me concerne. Tu ne seras pas puni pour tes mots, et je ne t'en voudrai pas. »
Enlevez-lui la responsabilité : « ce n'est pas toi qui décides de ce qui va se passer. Ce n'est pas ta faute. »
Prévenez-le qu'il peut ne pas savoir : « si tu ne sais pas quoi répondre, tu as le droit de le dire. »
Un exemple. Une mère explique à sa fille de dix ans : « Tu vas voir quelqu'un qui va te demander comment tu vas. Tu peux tout dire, même les choses qui m'embêtent. Moi, je t'aime pareil après. » En quatre phrases, l'enfant est autorisé à être sincère — ce qui, paradoxalement, sert la mère, parce qu'une parole libre est crédible.
Le préparer : ce qui détruit
Une seule chose, mais elle est fatale : lui dire quoi répondre. Les formules paraissent anodines — « n'oublie pas de dire que tu es bien chez moi », « surtout ne parle pas de dimanche dernier ». Elles sont repérées presque à tous les coups : un enfant préparé emploie des mots d'adulte, récite dans l'ordre, regarde vers la porte. Et la mention d'un soupçon d'influence dans un rapport ne salit pas seulement l'entretien : elle jette un doute rétroactif sur tout ce que vous avez dit et direz.
Évitez aussi de le charger de questions au retour. « Qu'est-ce que tu as dit ? Qu'est-ce qu'ils ont demandé ? » le remet en position d'informateur, et il apprendra à mentir aux deux camps pour avoir la paix. C'est le même écueil que lors d'une visite encadrée.

Après l'entretien
Accueillez-le simplement : « ça va ? tu veux m'en parler ou pas ? », et acceptez un non. S'il raconte, écoutez sans corriger sa version. De votre côté, souvenez-vous que l'acte écrit doit mentionner et synthétiser l'audition. Vous pouvez donc demander à consulter le dossier et lire ce qui a été retenu de cet entretien — et réagir par une note d'observation si quelque chose y est manifestement déformé, comme nous l'expliquons dans Ce qui est écrit sur vous : lire son dossier au SAJ ou au SPJ. La forme de cette note est détaillée dans Écrire au SAJ ou au SPJ : le courrier qui change un dossier.
Questions fréquentes
Puis-je refuser que mon enfant soit entendu seul ?
L'entretien séparé est prévu par le Code, dans l'intérêt de l'enfant. S'y opposer frontalement serait lu comme une volonté de contrôler sa parole — exactement l'impression à éviter.
Mon enfant a moins de 12 ans : sera-t-il entendu ?
Le directeur convoque en tout cas l'enfant dès douze ans, mais il entend l'enfant qui le demande quel que soit son âge. Un jeune enfant peut donc être entendu s'il le souhaite.
L'avocat de mon enfant sera-t-il présent ?
L'avocat de l'enfant doit être convoqué en vue de tout entretien avec lui. Cet avocat défend la position de votre enfant, pas la vôtre — et c'est son rôle.
Saurai-je ce qu'il a dit ?
Pas mot pour mot. Mais l'acte écrit doit mentionner et synthétiser l'audition, et vous avez accès aux pièces du dossier qui vous concernent, avec des exceptions encadrées.
Votre enfant va être entendu, et vous ne savez pas quoi lui dire — ni comment tenir jusque-là ? Ce moment se prépare, mais pas comme on le croit. Parlons-en avant : nous vous aidons à trouver les mots qui le libèrent sans l'influencer, et nous vérifions ensuite ce que le dossier en a retenu. Nous sommes joignables 7j/7, partout en Wallonie et à Bruxelles.
Cet article, à jour au 15 septembre 2026, donne des informations générales et ne remplace pas un avis sur votre situation.




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