Mon enfant mineur peut-il être auditionné par la police sans ses parents ?
- Olivier Dupont

- 25 juin
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 20 minutes
25 juin 2026
C'est une image qui serre le cœur de n'importe quel parent : son enfant, seul, face à des policiers, dans une pièce où l'on ne peut pas entrer. Quand la convocation arrive, beaucoup de parents tiennent pour évident qu'ils accompagneront leur enfant jusqu'au bout, qu'ils seront à ses côtés pendant qu'on l'interroge. Et puis on leur explique qu'ils devront peut-être attendre dans le couloir. Cette perspective angoisse, et soulève une question légitime : en droit belge, a-t-on le droit de séparer un enfant de ses parents pour l'entendre ? La réponse, nuancée, mérite d'être bien comprise.
Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. Oui, un mineur peut être entendu par la police hors de la présence de ses parents — ce n'est pas une anomalie, et cela répond parfois à une logique de protection de l'enfant lui-même. Mais cette absence des parents ne signifie jamais que l'enfant est seul : lorsqu'il est entendu comme suspect pour des faits punissables d'une peine de prison, l'assistance d'un avocat est obligatoire et, pour un mineur, gratuite. C'est l'avocat, et non le parent, qui constitue la véritable garantie pendant l'audition. Et si votre enfant est privé de liberté, vous devez en être informé dans les meilleurs délais.
Audition d'un mineur sans parents : la police peut-elle l'entendre sans ma présence ?
Oui, et il faut le dire clairement pour éviter une fausse attente. La présence d'un parent pendant l'audition d'un mineur n'est pas un droit absolu garanti en toute circonstance.
Selon les cas, votre enfant mineur peut être auditionné sans ses parents.
Cela peut surprendre, mais cette possibilité n'est pas dirigée contre vous. Elle tient à la nature même de l'audition : il s'agit de recueillir la parole propre de l'enfant, et la présence d'un parent n'est pas toujours jugée opportune pour cela. Ce qui ne change pas, en revanche, c'est que votre enfant ne doit pas affronter seul cette épreuve — d'où le rôle central de l'avocat, sur lequel nous revenons plus bas.

Pourquoi la loi permet-elle d'écarter les parents ?
La raison peut sembler contre-intuitive, mais elle est protectrice. Dans certaines situations, la présence d'un parent pendant l'audition pourrait nuire à l'enfant ou à la manifestation de la vérité.
Pensez à une affaire où les intérêts du parent et de l'enfant divergent : des faits survenus au sein de la famille, un parent lui-même concerné, ou simplement un enfant qui n'osera pas dire ce qu'il a à dire devant son père ou sa mère. Écarter le parent permet alors à l'enfant de s'exprimer librement, sans crainte ni pression — y compris involontaire. La logique n'est donc pas de priver l'enfant d'un soutien, mais d'éviter qu'une présence familiale ne fausse sa parole ou ne le mette en porte-à-faux. C'est aussi pour cette raison que la garantie centrale est confiée à un tiers neutre et tenu au secret : l'avocat.
Si je ne peux pas être là, qui protège mon enfant ?
C'est la vraie réponse à l'angoisse parentale, et elle est rassurante. L'absence éventuelle du parent ne laisse pas l'enfant sans défense, parce que la loi a précisément prévu un protecteur pour ce moment : l'avocat.
Lorsque votre enfant est entendu comme suspect pour des faits punissables d'une peine de prison — c'est ce qu'on appelle une audition Salduz 3 —, son assistance par un avocat est obligatoire : ni lui ni vous ne pouvez y renoncer. Avant l'audition, l'avocat s'entretient seul à seul avec lui, lors d'une concertation confidentielle, pour l'informer de ses droits et le préparer. Pendant l'audition, il veille à ce que les questions soient adaptées à son âge et à ce qu'aucune pression ne soit exercée. Là où vous, parent, devez parfois rester à l'écart, l'avocat, lui, est aux côtés de votre enfant. C'est sur lui que repose la protection réelle.
Et si mon enfant est arrêté : serai-je prévenu ?
Oui, et c'est une garantie importante. Si votre enfant est privé de liberté à la suite d'une arrestation, la loi impose à la police d'informer dans les meilleurs délais ses parents — ou la personne qui en a la garde — de l'arrestation, de ses motifs et du lieu où il se trouve.
Cette information aux parents est une obligation, et non une faveur laissée à l'appréciation des enquêteurs. Autrement dit, même écarté de la salle d'audition, vous ne pouvez pas être tenu dans l'ignorance d'une privation de liberté de votre enfant. Si tel était le cas, ce serait précisément le genre d'irrégularité qu'un avocat ferait valoir.
Concrètement, comment être utile à mon enfant ?
Puisque votre présence dans la salle n'est pas garantie, votre rôle se joue surtout en amont. Dès réception de la convocation, contactez un avocat — son intervention est gratuite pour un mineur — afin que votre enfant soit assisté et préparé. Accompagnez votre enfant jusqu'au commissariat, soyez là avant et après : votre présence rassurante compte, même si elle s'exerce hors de la pièce d'audition. Et évitez de lui dicter ses réponses : ce travail revient à l'avocat, lors de la concertation. Votre meilleure contribution n'est pas d'être dans la salle, mais de vous assurer que votre enfant y entre accompagné du bon protecteur.
Questions fréquentes
Ai-je le droit d'exiger d'assister à l'audition de mon enfant ?
Pas de manière absolue. Selon les circonstances, votre enfant peut être entendu hors de votre présence, parfois précisément pour le protéger ou garantir la liberté de sa parole. Ce qui est garanti, en revanche, c'est l'assistance d'un avocat lorsqu'il est entendu comme suspect pour des faits punissables d'une peine de prison.
Si je ne suis pas dans la salle, mon enfant est-il livré à lui-même ?
Non. C'est tout le sens de l'assistance obligatoire de l'avocat : il est présent à ses côtés, l'a préparé lors d'une concertation confidentielle, et veille au respect de ses droits pendant l'audition. L'avocat est le protecteur prévu par la loi pour ce moment.
La police doit-elle me prévenir si mon enfant est arrêté ?
Oui. En cas de privation de liberté, les parents doivent être informés dans les meilleurs délais de l'arrestation, de ses motifs et du lieu où se trouve l'enfant. C'est une obligation légale.
Cet article concerne l'audition de votre enfant par la police. Pour comprendre l'ensemble de ses droits, consultez notre page sur l'audition d'un mineur par la police (catégorie 3 / Salduz 3). Voyez aussi nos articles « « Juste quelques questions » : faut-il s'inquiéter ? » et « Mon ado a déjà parlé à la police sans avocat ».
Le présent article reflète l'état du droit au 25 juin 2026.



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