Police : ce qu'il ne faut surtout pas faire avant l'audition par la police de votre enfant mineur.
- Olivier Dupont

- 25 juin
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 juil.
25 juin 2026
Quand on apprend que son enfant est convoqué par la police en Belgique, on veut agir — vite, et bien. C'est un réflexe sain. Mais dans la précipitation et l'inquiétude, beaucoup de parents, animés des meilleures intentions, posent des gestes qui aggravent la situation au lieu de la protéger. Interroger l'enfant comme un enquêteur, appeler la famille d'en face, « nettoyer » un téléphone, faire répéter une version : autant de fausses bonnes idées. Voici les erreurs les plus courantes, et pourquoi il vaut mieux les éviter.
Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. Avant l'audition de votre enfant, certains gestes spontanés peuvent se retourner contre lui : le cuisiner longuement, contacter la partie adverse, supprimer des messages, ou lui faire apprendre une version par cœur. Ces réflexes, dictés par l'angoisse, risquent de fausser sa mémoire, de constituer une pression sur autrui, ou de se retourner contre lui s'il s'agit de faire disparaître des éléments d'enquête. Le seul réflexe vraiment utile est de confier la préparation à un avocat — gratuit pour un mineur — dont c'est précisément le métier. La bonne préparation existe ; elle consiste à aider votre enfant à dire la vérité dans de bonnes conditions, pas à reconstruire les faits.
Erreur n°1 : cuisiner votre enfant comme un enquêteur
Face à l'inquiétude, beaucoup de parents soumettent leur enfant à un interrogatoire serré : « Raconte-moi exactement. Tu es sûr ? Pourquoi tu as fait ça ? » L'intention est de comprendre, mais l'effet est souvent l'inverse de celui recherché.
Un jeune pressé de questions, parfois sur un ton accusateur, se braque, se ferme, ou pire : il modifie son récit pour vous apaiser, gomme des détails, en invente d'autres. Sa mémoire des faits, déjà fragile sous le coup de l'émotion, se brouille. Le jour de l'audition, il risque de livrer une version contaminée par vos propres questions. Mieux vaut écouter votre enfant avec calme, sans le harceler, et réserver le travail de reconstitution précise à l'avocat, qui sait le mener sans fausser la mémoire.

Erreur n°2 : contacter la famille ou la victime pour « arranger les choses »
C'est une tentation naturelle, surtout entre familles qui se connaissent : appeler les parents de l'autre jeune pour calmer le jeu, présenter des excuses, proposer un arrangement. Sur le plan humain, l'intention est compréhensible. Sur le plan juridique, c'est risqué.
Une telle démarche peut être perçue comme une pression sur la victime ou sur un témoin, voire une tentative d'influencer son récit. Loin d'apaiser le dossier, elle peut l'aggraver et ajouter un reproche à ceux déjà existants. Tant qu'une procédure est en cours, les contacts avec la partie adverse doivent passer par les voies appropriées — c'est-à-dire, le cas échéant, par les avocats. N'engagez rien de votre propre initiative.
Erreur n°3 : « faire le ménage » sur le téléphone
Effacer des messages, supprimer des photos, vider une conversation avant l'audition : ce réflexe, parmi les plus répandus, est aussi l'un des plus dangereux. D'abord parce qu'il est souvent inutile : les enquêteurs disposent de moyens techniques pour récupérer des données supprimées, et une suppression repérée se retourne contre son auteur — elle devient un indice de mauvaise foi, parfois plus accablant que les faits d'origine. Nous détaillons ce point dans notre article consacré au téléphone de votre enfant face à la police.
Erreur n°4 : faire apprendre une version « par cœur »
Préparer son enfant, oui ; lui faire réciter un récit ficelé, non. Vouloir lui souffler une version « qui passe bien », lui faire répéter des phrases toutes faites ou lui suggérer de cacher tel détail est non seulement inefficace — un mineur récitant un texte appris se trahit vite face à des enquêteurs expérimentés — mais aussi dangereux. Construire un faux récit, ou pousser un enfant à mentir, peut exposer à des reproches supplémentaires.
La vraie préparation ne consiste pas à fabriquer une version, mais à aider votre enfant à exprimer ce qui s'est réellement passé, clairement et sans se nuire (au regard de ce qui peut être prouvé par les enquêteurs). C'est exactement le travail que mène l'avocat lors de la concertation confidentielle qui précède l'audition : il n'invente rien, il aide à dire la vérité dans de bonnes conditions.
Erreur n°5 : le laisser aller seul à son audition de police alors qu'il est mineur, « parce que ça ira vite »
C'est l'erreur qui résume toutes les autres. Convaincu que son enfant n'a rien à se reprocher, ou que l'affaire est mineure, un parent laisse le jeune se rendre seul à l'audition, sans avocat, pour « en finir rapidement ». Or, lorsque l'enfant est entendu comme suspect pour des faits punissables d'une peine de prison, l'assistance d'un avocat est obligatoire et, pour un mineur, entièrement gratuite.
Un enfant seul face aux enquêteurs ne mesure pas la portée de ses mots. L'avocat, lui, transforme l'audition en étape maîtrisée.
Concrètement, que faire à la place ?
Le bon réflexe tient en peu de choses : écoutez votre enfant sans le harceler, ne touchez à rien sur son téléphone, n'entrez en contact avec personne du côté adverse, et contactez un avocat dès réception de la convocation. C'est lui qui préparera votre enfant, dans les règles, lors de la concertation confidentielle.
Questions fréquentes
Puis-je préparer mon enfant à son audition moi-même ?
Vous pouvez l'écouter, le rassurer et l'accompagner, mais la préparation juridique revient à l'avocat. Le risque, en vous y substituant, est de fausser sa mémoire ou de lui souffler une version qui le desservira. L'avocat prépare votre enfant sans ces écueils, lors de la concertation confidentielle.
Est-ce mal vu de venir avec un avocat ?
Non. Faire intervenir un avocat n'est ni un signe de défiance, ni un aveu : c'est l'exercice d'un droit, et pour un mineur, d'une garantie obligatoire. Cela n'aggrave en rien la situation de votre enfant — au contraire, cela la protège.
Mon enfant m'a avoué les faits : dois-je lui dire de tout nier ?
Non. Pousser un enfant à mentir aux enquêteurs est dangereux et peut aggraver son cas. La bonne attitude n'est ni de mentir, ni de tout déballer sans réfléchir : c'est d'en parler à un avocat, qui déterminera avec votre enfant ce qu'il est utile et juste de dire, notamment au regard de son droit au silence.
Cet article concerne l'audition de votre enfant par la police. Pour comprendre l'ensemble de ses droits, consultez notre page sur l'audition d'un mineur par la police (catégorie 3 / Salduz 3). Voyez aussi nos articles « « Juste quelques questions » : faut-il s'inquiéter ? » et « Mon ado a déjà parlé à la police sans avocat ».
Le présent article reflète l'état du droit au 24 juin 2026.



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