Le SAJ veut interroger votre psychologue : ce qu'il peut dire, et ce qu'il doit taire
Dernière mise à jour : 3 oct.
Vous suivez une thérapie, ou votre enfant voit un psychologue, et le service de l'aide à la jeunesse demande « un retour du thérapeute ». Rien n'oblige votre psychologue à parler au SAJ. Voici ce que le secret professionnel couvre, ce que votre accord change, et pourquoi une attestation mal rédigée peut vous coûter cher.
Ces règles sont celles du Code de la prévention, de l'aide à la jeunesse et de la protection de la jeunesse du 18 janvier 2018, applicable en Wallonie et, pour les francophones, à Bruxelles, où une ordonnance propre s'applique aussi. Le secret professionnel relève du Code pénal, qui vaut pour tout le pays.
Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. Le psychologue est tenu au secret professionnel comme le médecin. Le SAJ et le SPJ ne peuvent pas l'obliger à parler. Vous pouvez l'autoriser à transmettre ce que vous choisissez, et lui seul décide de ce qu'il écrit. Une attestation de suivi, avec les dates et la régularité, vaut souvent mieux qu'un rapport de contenu.
Un secret qui tient devant le SAJ
Le psychologue clinicien est un professionnel réglementé, soumis à un code de déontologie et au secret professionnel du Code pénal. Ce que vous lui dites en séance, ce qu'il observe, ce qu'il en pense : tout cela lui est confié et ne peut être révélé.
Le conseiller de l'aide à la jeunesse et le directeur de la protection de la jeunesse n'ont aucun pouvoir de contrainte sur lui. Ils peuvent lui écrire, lui téléphoner, demander un rapport ; il peut répondre qu'il est tenu au secret. Eux-mêmes, et tous ceux qui concourent à l'aide à la jeunesse, sont d'ailleurs tenus au secret pour ce qu'ils apprennent dans leur mission.
Les exceptions sont les mêmes que pour le médecin : face à un danger grave et imminent pour un mineur, le professionnel peut alerter le procureur du Roi ; il peut participer à une concertation organisée avec le parquet. Ce sont des portes étroites, et elles ne mènent pas au SAJ.

Ce que votre accord change, et ne change pas
Vous pouvez délier votre psychologue pour ce que vous décidez : autoriser une attestation de suivi, un échange sur un point précis, un rapport. Cet accord se donne par écrit, pour un destinataire et un objet définis. Il ne transforme pas le psychologue en témoin à votre service : il reste seul juge de ce qu'il écrit, et il n'écrira pas ce qu'il n'a pas constaté.
Réfléchissez avant de délier. Le rapport, une fois versé au dossier, y reste, et vous ne contrôlez plus ce qu'en feront le service, puis le tribunal. Une attestation sobre, qui établit l'existence, la date de début et la régularité du suivi, sert souvent mieux votre dossier qu'un rapport de deux pages sur votre enfance. Sur ce que l'on dit et ce que l'on garde, voyez Faut-il tout dire au SAJ ?.
Le psychologue de votre enfant
Ce que votre enfant dit à son psychologue est protégé de la même manière, et le secret le protège aussi vis-à-vis de vous : le thérapeute n'a pas à vous rapporter les séances. Si le service veut l'entendre, les mêmes règles s'appliquent. Un thérapeute qui se met à rédiger des rapports sur votre couple, à la demande du SAJ ou de l'autre parent, sort de son rôle ; c'est à relever.
Les attestations qui se retournent
Deux pièges reviennent dans les dossiers. Le premier : demander à son propre psychologue une attestation sur l'autre parent, qu'il n'a jamais rencontré. Un professionnel sérieux refuse ; s'il accepte, le document est sans valeur et le discrédite. Le second : une attestation dans laquelle le thérapeute, pour vous aider, écrit que vous « allez mieux ». Le service y lit qu'il y avait un problème, et demandera lequel.
Un exemple. Une mère suit une thérapie depuis un an. Le conseiller demande « un rapport du psychologue ». Plutôt que de délier son thérapeute, elle fait verser une attestation qui mentionne la date du premier rendez-vous, le rythme hebdomadaire et l'assiduité. Le conseiller acte que la démarche est réelle. Le contenu des séances n'entre jamais dans le dossier.
Si un rapport a été transmis sans votre accord
Lisez-le : le dossier du conseiller et du directeur vous est ouvert, et rien ne peut fonder une décision sans vous avoir été communiqué. Voyez lire son dossier au SAJ ou au SPJ.
Répondez par écrit, point par point, et demandez que votre réponse soit jointe au dossier. Voyez Écrire au SAJ ou au SPJ.
Interrogez le professionnel sur la base de sa transmission. La Commission des psychologues connaît des manquements déontologiques ; pour un médecin, l'Ordre des médecins.
Ne rompez pas le suivi de votre enfant pour cette raison : c'est lui qui en paierait le prix, et le dossier le noterait.
Questions fréquentes
Le SAJ peut-il exiger le nom de mon psychologue ?
Il peut le demander. Vous n'êtes pas tenu de le donner, mais un refus sec sera interprété. Une réponse écrite précisant que vous êtes suivi et que le thérapeute est tenu au secret dit la même chose sans fermer la porte.
Le juge de la jeunesse peut-il, lui, entendre le psychologue ?
Un psychologue appelé à témoigner en justice peut parler sans commettre d'infraction, mais il n'y est pas obligé : il peut invoquer son secret. En pratique, le tribunal passe plutôt par ses propres investigations. Voyez l'expertise psychologique ordonnée par le tribunal de la jeunesse.
Mon enfant de quinze ans peut-il refuser que son thérapeute me parle ?
Oui. Le secret couvre ce que l'enfant confie, et le thérapeute apprécie ce qui peut vous être dit dans l'intérêt de l'enfant.
Le service réclame un rapport de votre thérapeute et vous ne savez pas quoi autoriser ? Ce choix se prend avant, pas après. Nos avocats en droit de la jeunesse défendent les parents face au SAJ et au SPJ, partout en Wallonie et à Bruxelles, 7j/7 : prenez contact.
Olivier Dupont — avocat depuis 2007, pratiquant quotidiennement le droit pénal, le droit de la jeunesse, et le droit des personnes vulnérables, titulaire de l'agrément requis pour intervenir devant la Cour de cassation en matière pénale.
Cet article, à jour au 20 septembre 2026, donne des informations générales et ne remplace pas un avis sur votre situation.




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