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J'ai l'impression d'être dépossédé de mon rôle de parent par le SAJ : est-ce normal ?

Dernière mise à jour : 9 juil.


25 juin 2026


C'est un sentiment que beaucoup de parents confrontés au SAJ décrivent avec les mêmes mots : celui d'être mis sur la touche. On vous interroge sur votre façon d'éduquer, on évoque votre enfant en réunion, des intervenants que vous connaissez à peine semblent peser sur son avenir — et vous, le parent, vous avez l'impression de ne plus compter. Cette sensation de dépossession est réelle, et elle est douloureuse. Mais correspond-elle à ce que le droit prévoit réellement ? La réponse est non — et c'est précisément en le sachant que vous pouvez reprendre votre place.


Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. Le sentiment d'être dépossédé de son rôle de parent est fréquent face au SAJ, mais il ne reflète pas ce que le droit organise. Le décret qui régit l'aide à la jeunesse reconnaît au parent une place active : vous devez être entendu avant toute décision, associé aux décisions qui concernent votre enfant, et votre accord est requis pour toute mesure d'aide. Vous pouvez consulter votre dossier, être accompagné d'un avocat, et exiger que chaque proposition soit motivée. Le déséquilibre que vous ressentez vient le plus souvent de ce que ces droits ne vous ont pas été expliqués. Les connaître, c'est cesser de subir.

Pourquoi ai-je l'impression d'être infantilisé ?


Le ressenti mérite d'être pris au sérieux, pas balayé d'un revers de main. Plusieurs choses nourrissent cette impression : un vocabulaire technique que vous ne maîtrisez pas, des réunions où l'on parle de votre enfant en votre absence, des professionnels qui semblent en savoir plus long que vous sur votre propre famille, et le sentiment latent d'être évalué, jugé sur votre manière d'être parent.


À cela s'ajoute une asymétrie de fond : en face, des intervenants qui connaissent les procédures, le cadre, les mots ; et vous, seul, qui découvrez tout cela dans un moment de stress. Ce déséquilibre est réel. Mais il ne tient pas à un droit qui vous écarterait — il tient surtout à ce que personne ne vous a expliqué la place que ce même droit vous reconnaît. Et cette place est loin d'être secondaire.



Quelle place le droit reconnaît-il vraiment aux parents ?


C'est le cœur de la question, et la réponse est plus protectrice qu'on ne le croit. Le décret qui organise l'aide à la jeunesse ne fait pas du parent un simple spectateur. Il lui reconnaît une série de droits concrets.


Le conseiller doit vous convoquer et vous entendre avant de prendre la moindre modalité d'aide individuelle (rappelons que l'aide est, en principe, consentie). Il doit motiver ses propositions, c'est-à-dire vous en expliquer les raisons. Il ne peut pas fonder une mesure sur un élément ou une information qui ne vous a pas été communiqué — autrement dit, pas de décision sur la base d'un rapport que vous n'auriez pas vu. Vous avez le droit de vous faire accompagner d'un avocat à chaque entretien, et de consulter toutes les pièces de votre dossier. Et surtout, l'enfant, sa famille et ses familiers doivent être associés aux décisions qui le concernent et à leur exécution. Le parent n'est pas un objet de la procédure : il en est un acteur que le droit place au centre.


Si le droit me protège, pourquoi est-ce que je le vis si mal ? Pourquoi ai-je le sentiment d'être dépossédé de mon rôle de parent par le SAJ ?


Parce qu'il y a souvent un écart entre ce que le droit prévoit et ce que la pratique fait ressentir. Un droit qu'on ne connaît pas est un droit qu'on n'exerce pas. Si personne ne vous a clairement dit que vous pouviez consulter votre dossier, venir avec un avocat, exiger des explications motivées, alors vous traversez la procédure désarmé — et c'est ce désarmement, plus que le droit lui-même, qui produit le sentiment de dépossession.

Il existe aussi une réalité plus humaine : face à des professionnels convaincus d'agir pour le bien de l'enfant, un parent peut se sentir illégitime à objecter, à demander, à contester. La pression au consentement — l'idée que « si je refuse, ce sera pire » — pèse lourd. Reconnaître ce mécanisme, ce n'est pas accuser les intervenants de mauvaise foi : c'est comprendre que, sans contrepoids, l'équilibre penche naturellement du côté de l'institution. Ce contrepoids, c'est l'information, et c'est l'avocat.


Comment reprendre concrètement ma place de parent ?


Le changement vient de gestes précis. Demandez à consulter votre dossier : voir ce qui y figure dissipe une grande part du sentiment d'opacité et vous remet dans la position de quelqu'un qui sait. Exigez que les propositions vous soient expliquées et motivées — c'est votre droit. Ne signez rien que vous ne comprenez pas : votre accord est requis, donc il a du poids, et il se discute. Faites-vous accompagner d'un avocat aux entretiens : sa seule présence rééquilibre la relation et rappelle que vous n'êtes pas seul face au cadre. Et rappelez-vous que vous devez être associé aux décisions concernant votre enfant — ce n'est pas une faveur, c'est une obligation qui pèse sur le service.


Reprendre sa place n'est pas s'opposer frontalement à tout. C'est passer d'une position subie à une position d'acteur informé. C'est exactement ce qu'un avocat permet : non pas vous dresser contre le SAJ, mais faire respecter la place que le droit vous reconnaît déjà. Vous êtes convoqué au SAJ et souhaitez être accompagné pour faire valoir vos droits ? Contactez notre cabinet pour préparer cet entretien.


Questions fréquentes


Le SAJ peut-il décider pour mon enfant sans me consulter ?


Non. Le conseiller doit vous convoquer et vous entendre avant toute décision d'aide individuelle, et votre accord est requis pour toute mesure. Vous devez en outre être associé aux décisions concernant votre enfant. Une décision prise sans vous consulter ne respecterait pas le cadre légal.


Ai-je le droit de voir ce qui est écrit dans le dossier de mon enfant ?


Oui. Vous pouvez à tout moment consulter l'ensemble des pièces de votre dossier, sauf de rares pièces confidentielles transmises par les autorités judiciaires. Le conseiller ne peut pas fonder une décision sur un élément qui ne vous a pas été communiqué. Consulter votre dossier est l'un des premiers réflexes utiles.


Un avocat peut-il vraiment changer ma place face au SAJ ?


Oui, concrètement. L'avocat vous informe de droits que vous ignorez peut-être, vous accompagne aux entretiens, veille à ce que les décisions soient motivées et à ce que vous soyez réellement associé. Le cas échéant, il peut introduire un recours contre la décision du SAJ ou du SPJ. Sa présence rééquilibre une relation souvent vécue comme inégale. Pour le parent, en Wallonie comme à Bruxelles, cette assistance est en principe payante.


Cet article concerne le Service de l'aide à la jeunesse (SAJ). Pour comprendre l'ensemble de son fonctionnement, consultez notre page sur le Service de l'aide à la jeunesse en Belgique. Voyez aussi notre article « Le SAJ veut me rencontrer : ai-je vraiment le choix ? ». Votre enfant est actuellement placé par le Tribunal de la jeunesse ? Consultez notre article spécifique.


Le présent article reflète l'état du droit au 25 juin 2026.


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