Audition de mineur par la police : il s'est défendu, pourquoi est-il suspect ?
- Olivier Dupont

- 24 juin
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 juil.
24 juin 2026
Votre adolescent rentre à la maison après une bagarre. Il vous explique qu'il n'a rien provoqué, qu'il s'est contenté de se défendre. Quelques jours plus tard, une convocation de police arrive — et c'est lui qu'on souhaite entendre comme suspect. Comment est-ce possible, alors qu'il était la victime ? Cette situation, plus fréquente qu'on ne l'imagine, déroute et révolte beaucoup de parents. Elle s'explique pourtant par une logique précise de la procédure pénale, qu'il est essentiel de comprendre pour bien réagir.

Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. Quand deux jeunes en viennent aux mains, la police convoque généralement les deux — même celui qui dit s'être seulement défendu. Être convoqué comme suspect ne signifie pas être coupable : cela signifie que les faits doivent être éclaircis. La légitime défense existe en droit belge, mais elle obéit à des conditions précises et ne se décrète pas : elle se démontre. C'est pourquoi la manière dont votre enfant présente sa version, dès la première audition, est déterminante — et pourquoi il a tout intérêt à être assisté d'un avocat, gratuitement.
« Il s'est fait agresser, et c'est lui qu'on convoque » : un sentiment d'injustice fréquent
C'est l'une des incompréhensions les plus courantes chez les parents. Votre enfant vous raconte qu'il a été provoqué, frappé le premier, qu'il n'a fait que se défendre — et pourtant, c'est une convocation de police qui arrive à la maison, le désignant comme suspect. Le sentiment d'injustice est légitime, mais il repose sur un malentendu sur le rôle de la police à ce stade.
La police n'est pas là pour décider qui a raison. Elle constate qu'il y a eu des coups, recueille les versions, et transmet le tout au Procureur du Roi. Tant que les faits ne sont pas éclaircis, toute personne ayant porté un coup est, juridiquement, un suspect potentiel — y compris celui qui se considère comme la victime.
Pourquoi la police convoque souvent les deux camps
Dans une bagarre entre jeunes, il est très fréquent que chacun dépose plainte contre l'autre. On parle alors de plaintes croisées. Du point de vue de la police, deux personnes s'accusent mutuellement de violences : elle doit donc entendre les deux comme suspects, sans préjuger de l'issue.
Cela explique qu'un enfant sincèrement convaincu d'avoir été la victime se retrouve convoqué « en catégorie 3 » — aussi appelée audition Salduz 3 —, c'est-à-dire comme suspect de faits punissables. Ce n'est pas un jugement : c'est une étape d'enquête. La distinction entre l'agresseur et celui qui s'est défendu ne se fait pas sur le trottoir, ni au commissariat le jour de l'audition — elle se construit ensuite, sur la base des déclarations, des témoignages et des éléments du dossier.
La légitime défense existe — mais elle se démontre, elle ne se déclare pas
Le droit belge reconnaît la légitime défense : on ne peut pas reprocher à quelqu'un d'avoir riposté pour se protéger d'une agression. Mais elle suppose des conditions strictes — notamment une agression réelle ou imminente, et une réaction proportionnée à cette agression. Riposter à une gifle par un coup qui envoie l'autre à l'hôpital, par exemple, peut faire perdre le bénéfice de la légitime défense.
Surtout, la légitime défense ne se présume pas du simple fait qu'on l'invoque. Affirmer « je me suis défendu » ne suffit pas : encore faut-il que les éléments du dossier soutiennent cette version. C'est là que tout se joue — et c'est précisément ce qui rend la première audition si importante.
Pourquoi la première audition de mineur par la police est décisive
Ce que votre enfant déclare à la police lors de sa première audition pèsera sur toute la suite. Un mineur seul, stressé, peut se contredire, minimiser ou au contraire en dire trop, brouiller la chronologie, ou reconnaître maladroitement des éléments qui se retourneront contre lui. À l'inverse, une version claire, cohérente et complète, exposée dans de bonnes conditions, sert sa cause.
Le rôle de l'avocat n'est pas d'inventer un récit : c'est de veiller à ce que votre enfant comprenne ses droits, ne subisse aucune pression, et expose ce qui s'est réellement passé de la manière la plus exacte et la plus claire possible. Lors de la concertation confidentielle qui précède l'audition, l'avocat l'aide à se calmer, à structurer sa mémoire des faits, et à mesurer la portée de ce qu'il va dire. C'est une aide à la vérité, pas un maquillage.
Et concrètement, que faut-il faire ?
Dès réception de la convocation, le bon réflexe est de contacter un avocat, sans attendre le jour de l'audition. Pour un mineur, cette assistance est entièrement gratuite, prise en charge par l'État. Évitez, en revanche, deux erreurs fréquentes : « cuisiner » longuement votre enfant pour reconstituer les faits à votre manière, au risque de fausser sa mémoire ou de le braquer ; et prendre contact avec l'autre famille pour « arranger les choses », ce qui peut être perçu comme une pression sur la partie adverse.
Laissez l'avocat faire ce travail. C'est son métier d'entendre votre enfant, de l'aider à préparer son audition et de défendre sa version dans le respect du droit.
Questions fréquentes
Mon enfant peut-il être poursuivi alors qu'il a été agressé en premier ?
Oui, c'est possible tant que les faits ne sont pas éclaircis. Être convoqué comme suspect ne signifie pas être coupable, mais le fait d'avoir porté des coups, même en réaction, suffit à justifier une audition. C'est ensuite, au regard de l'ensemble du dossier, que la question de la légitime défense ou de la responsabilité de chacun est tranchée.
Que risque concrètement mon enfant ?
S'il est mineur, il n'est pas jugé comme un adulte. La logique reste éducative et protectionnelle. Après l'audition, le Procureur du Roi peut classer le dossier sans suite ou saisir le Tribunal de la jeunesse, qui peut prononcer des mesures à caractère éducatif. Le pire réflexe serait de dramatiser à l'excès ; le bon, de préparer sereinement la défense.
Faut-il accepter que mon enfant soit entendu sans avocat parce que « ça ira plus vite » ?
Non. En catégorie 3 (audition Salduz), l'assistance de l'avocat, pour un mineur, est obligatoire et, les honoraires sont pris en charge par l'Etat belge.
Mon enfant peut-il choisir son avocat ?
Oui, votre enfant a le libre choix de son avocat. Il peut, par exemple, poursuivre avec un avocat qu'il connait, ou changer d'avocat. Lorsque la police l'informe qu'un avocat a déjà été désigné, votre enfant peut contacter un avocat de son choix, qui reprendra le dossier de l'avocat commis d'office.
Cet article concerne l'audition de votre enfant comme suspect. Pour comprendre l'ensemble de ses droits, consultez notre page sur l'audition d'un mineur par la police (catégorie 3 / Salduz 3).
Le présent article reflète l'état du droit au 24 juin 2026.



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