Jugé par défaut au tribunal correctionnel : ce que cela change pour vous
Dernière mise à jour : 3 oct.
Une citation oubliée dans un tiroir, une adresse plus à jour, une audience que l'on a préféré éviter. Le résultat est le même : le tribunal a jugé sans vous. Voici exactement ce que cela signifie, et ce qu'il reste à faire.
Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. Si la personne citée, ou l'avocat qui la représente, ne comparaît pas au jour et à l'heure fixés, elle est jugée par défaut. Le tribunal statue sur le seul dossier, sans votre version ni vos pièces personnelles. Le jugement doit ensuite vous être signifié : c'est cette signification qui fait courir les délais de recours. Vous disposez alors de quinze jours pour faire opposition, et de trente jours pour faire appel. Ne pas comparaître davantage sur opposition expose à la voir déclarer non avenue.
Comment on se retrouve jugé par défaut
La règle est mécanique : si la personne citée, ou l'avocat qui la représente, ne comparaît pas au jour et à l'heure fixés dans la citation, elle est jugée par défaut. Il n'y a ni avertissement, ni report automatique, ni seconde chance à l'audience.
Deux situations très différentes conduisent au même résultat. Celle de la personne qui a reçu la citation et a choisi de ne pas y donner suite. Et celle de la personne qui n'a jamais eu la citation entre les mains, parce qu'elle avait déménagé ou qu'elle était à l'étranger. Le traitement juridique diffère ensuite, notamment sur le point de départ du délai d'opposition.
Le piège de la remise à date fixe
Il existe une troisième situation, et c'est la plus injuste en apparence. Lorsqu'une affaire est remise à date fixe, la citation initiale reste valable. Le ministère public n'est pas tenu de faire connaître la nouvelle date au prévenu défaillant, et une seconde citation éventuelle n'est que conservatoire.
Autrement dit, celui qui a manqué la première audience peut être jugé à une audience ultérieure sans rien avoir reçu entre-temps. Il n'y a d'exception que si la remise n'est pas intervenue contradictoirement : le prévenu qui avait choisi de ne pas comparaître doit alors être cité pour l'audience de remise.
Ce que vaut un jugement rendu sans vous
Juridiquement, il vaut exactement autant qu'un autre. Il condamne, il fixe une peine, il statue sur les demandes de la partie civile et sur les frais.
Pratiquement, il est presque toujours moins favorable. Le tribunal n'a entendu ni explication, ni regret, ni situation personnelle. Il n'a eu ni preuve de revenus, ni preuve de démarches, ni proposition d'indemnisation. Sur la peine, tout ce qui aurait pu jouer en votre faveur n'a simplement pas existé.

La signification, et ce qu'elle déclenche
Le jugement par défaut doit vous être signifié, c'est-à-dire remis officiellement. C'est cette signification qui fait courir les délais : quinze jours pour l'opposition, trente jours pour l'appel.
Lorsque la signification n'a pas été faite à votre personne, le délai d'opposition court à partir du moment où vous avez eu connaissance de cette signification. Et s'il n'est pas établi que vous en avez eu connaissance, l'opposition reste ouverte, quant aux condamnations pénales, jusqu'à l'expiration des délais de prescription de la peine ; quant aux condamnations civiles, jusqu'à l'exécution du jugement.
Opposition ou appel ?
Les deux voies existent, et elles ne se valent pas. L'opposition fait rejuger l'affaire par le même tribunal et remet la condamnation à néant, sauf dans les cas où elle est déclarée irrecevable ou non avenue. L'appel porte l'affaire devant la cour d'appel, mais dans les limites des griefs déposés.
Attention : avoir interjeté préalablement un appel recevable contre la même décision rend l'opposition irrecevable. Le choix se fait donc dans l'ordre, et il se fait vite. Nous détaillons le régime de l'opposition dans cet article, et celui de l'appel dans celui-ci.
Le cas où l'opposition n'existe pas
Une hypothèse doit être isolée. Lorsque le tribunal avait ordonné la comparution personnelle et que le prévenu, après avoir comparu à l'audience d'introduction, ne comparaît plus ni en personne ni par avocat, le jugement est réputé contradictoire. Il n'est donc pas rendu par défaut, et l'opposition serait déclarée irrecevable.
Dans ce cas, il ne reste que l'appel. C'est l'une des raisons pour lesquelles une décision ordonnant la comparution personnelle ne se néglige jamais.
Questions fréquentes
J'ai appris ma condamnation par un courrier de recouvrement.
C'est fréquent. Il faut établir la date à laquelle vous avez eu connaissance de la signification, parce que c'est elle qui détermine si un recours est encore ouvert.
Le jugement par défaut apparaît-il sur mon casier ?
Une condamnation définitive produit ses effets, qu'elle ait été rendue par défaut ou contradictoirement. Tant que des recours sont ouverts, la situation n'est pas figée.
Puis-je faire opposition si je n'ai jamais reçu la citation ?
C'est précisément l'hypothèse que la loi envisage. Le délai court alors à partir de la connaissance de la signification, et il peut rester ouvert bien plus longtemps.
Les frais du défaut sont-ils à ma charge ?
Les frais et dépens causés par l'opposition, y compris le coût de l'expédition et de la signification de la décision par défaut, restent à charge de l'opposant lorsque le défaut lui est imputable.
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Olivier Dupont — avocat depuis 2007, pratiquant quotidiennement le droit pénal, le droit de la jeunesse, et le droit des personnes vulnérables, titulaire de l'agrément requis pour intervenir devant la Cour de cassation en matière pénale.
Cet article s'appuie sur le Code d'instruction criminelle dans sa version consolidée en vigueur en septembre 2026 et sur le Code pénal entré en vigueur le 1er septembre 2026, ainsi que sur la jurisprudence de la Cour de cassation. Il donne une information générale ; chaque situation mérite un examen particulier.




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