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Carte d'agent de gardiennage refusée ou retirée : les recours

4 oct.
9 min de lecture

Un courrier recommandé vous annonce le retrait de votre carte d'identification d'agent de gardiennage, ou le refus de vous la délivrer. Vous ne pouvez plus travailler. Souvent, la décision s'appuie sur des faits anciens, parfois sur des procès-verbaux qui n'ont jamais abouti à une condamnation.


Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. La décision est prise par le ministre de l'Intérieur après une enquête sur les conditions de sécurité, déclenchée dès que vous êtes connu pour des faits pouvant contre-indiquer le profil exigé. Elle vous est notifiée par recommandé et doit être motivée. Vous disposez de soixante jours pour saisir le Conseil d'État, et d'une procédure d'extrême urgence pour suspendre ses effets. Agissez vite, et pour une raison qui n'a rien à voir avec les délais : une décision constatant que vous ne satisfaites pas aux conditions de sécurité vous barre l'accès au métier pendant trois ans.


Comment la décision se prend


Le mécanisme est fixé par la loi du 2 octobre 2017 réglementant la sécurité privée et particulière, et il se déroule en plusieurs temps.


Un fonctionnaire désigné par le ministre de l'Intérieur demande une enquête sur les conditions de sécurité dès qu'il a constaté que l'intéressé est « connu pour des faits ou des actes qui peuvent constituer une contre-indication au profil ». Le mot « connu » est à prendre au sens policier : il renvoie à ce que contiennent les fichiers. Nous expliquons ce qu'ils recouvrent dans notre article sur la banque de données de la police et sur ce que signifie être défavorablement connu.


L'enquête porte sur des renseignements de police judiciaire ou administrative, sur ceux dont disposent les services de renseignement, et sur des éléments liés à l'exercice de la profession. La loi précise qu'elle consiste en « une analyse et une évaluation » de ces données : il ne s'agit donc pas d'un relevé automatique, mais d'une appréciation.


Un point surprend souvent : vous devez consentir à cette enquête, par l'intermédiaire de l'entreprise pour laquelle vous travaillez ou allez travailler. Et si vous refusez, la loi vous considère purement et simplement comme ne satisfaisant pas aux conditions de sécurité. Refuser l'enquête revient donc à la perdre.


Si le fonctionnaire estime que vous satisfaites aux conditions, l'enquête s'arrête là. Dans le cas contraire, il soumet le dossier au ministre de l'Intérieur, qui constate. La décision vous est ensuite notifiée par courrier recommandé.


Le profil : les six exigences


La loi ne se contente pas d'exiger un casier vierge. Elle définit un « profil », et c'est lui qui sert de fondement à la plupart des refus :


  • le respect des droits fondamentaux et des droits des concitoyens ;

  • l'intégrité, la loyauté et la discrétion ;

  • une capacité à faire face à un comportement agressif de la part de tiers et à se maîtriser dans de telles situations ;

  • une absence de liens suspects avec le milieu criminel ;

  • le respect des valeurs démocratiques ;

  • l'absence de risques pour la sécurité intérieure ou extérieure de l'État ou pour l'ordre public.


Ces exigences sont larges, et c'est voulu. Elles permettent de tenir compte de comportements qui n'ont jamais donné lieu à une condamnation.


À côté du profil, la loi pose une condition distincte tenant aux condamnations. Depuis le 1er septembre 2026, elle vise les peines des niveaux 1 à 8 du nouveau Code pénal, et elle maintient deux exceptions : les condamnations pour infraction à la réglementation sur la police de la circulation routière, et celles visées par une disposition particulière du Code pénal. Une condamnation de roulage ne ferme donc pas, à elle seule, l'accès au métier.


Ce que l'administration peut retenir contre vous


Il faut le dire clairement : la loi permet de tenir compte de faits qui n'ont pas été sanctionnés pénalement.


Sur ce que le casier judiciaire conserve réellement, et sur l'écart entre le registre et l'extrait qu'on vous délivre, voyez ce qui reste au casier après une condamnation.


Le Conseil d'État l'a rappelé. Des procès-verbaux classés sans suite peuvent être pris en considération pour retirer une carte, à condition que les faits soient suffisamment graves. Un classement sans suite n'est pas un bouclier. Dans une affaire jugée le 28 juin 2024, cinq procès-verbaux dressés entre 2015 et 2022 avaient fondé le retrait.


La décision négative doit cependant être motivée. La loi impose que la notification reprenne les motifs qui la justifient. Elle prévoit toutefois des exceptions : les renseignements dont la communication porterait atteinte à la sécurité de l'État, aux relations internationales, au secret d'une information ou d'une instruction judiciaire en cours, ou à la vie privée de tiers, peuvent être tus. Vous pouvez donc recevoir une motivation partielle, et c'est en soi un terrain de discussion.


Ce qu'elle ne peut pas faire : ignorer un acquittement


C'est la ligne que l'administration ne peut pas franchir, et c'est sur elle que se gagnent les dossiers.


Dans un arrêt du 12 décembre 2024, le Conseil d'État a examiné un retrait fondé sur des faits de coups et blessures commis en 2019. Le tribunal correctionnel les avait retenus à charge de l'intéressé. Mais la cour d'appel avait ensuite réformé ce jugement « en toutes ses dispositions pénales » et acquitté le requérant des préventions reprises à sa charge.


L'administration avait pourtant écrit, dans sa décision, que ces faits étaient établis. Le Conseil d'État juge qu'elle a ainsi « exprimé une motivation inadéquate en fait », en violation de la loi du 29 juillet 1991 relative à la motivation formelle des actes administratifs. Et il ajoute que « ce constat suffit à justifier l'annulation de l'acte attaqué ».


La nuance est fine et décisive. Tenir compte de faits non sanctionnés est permis. Affirmer que des faits sont établis alors qu'une juridiction a acquitté ne l'est pas.


Trois ans : ce que la décision emporte vraiment


Voici la raison pour laquelle il ne faut pas laisser passer une décision négative, même si vous envisagez de changer de secteur.


La loi pose, parmi les conditions à remplir, le fait de ne pas avoir fait l'objet au cours des trois dernières années d'une décision constatant que vous ne satisfaisiez pas aux conditions de sécurité. Autrement dit, une décision négative non contestée produit un effet de blocage de trois ans : même si votre situation change entre-temps, la décision elle-même vous est opposable.


Contester n'est donc pas seulement une question de carte. C'est une question d'accès au métier pour les trois années qui viennent.



Deux voies de recours, et elles ne servent pas à la même chose


Le recours se porte devant le Conseil d'État, section du contentieux administratif. La loi sur la sécurité privée n'organise aucun recours administratif préalable pour les cartes d'identification : on saisit directement le Conseil d'État.


Le régime est voisin, mais distinct, de celui du refus d'habilitation de sécurité, où le recours se porte devant un organe propre et dans un délai plus court.


  • Le recours en annulation vise à faire disparaître la décision. Il est enfermé dans un délai de soixante jours à compter de la notification, en vertu de l'arrêté du Régent du 23 août 1948 qui règle la procédure devant le Conseil d'État. À défaut de notification, le délai court du jour où vous avez eu connaissance de la décision.

  • La demande de suspension en extrême urgence vise à empêcher la décision de produire ses effets pendant l'instruction du recours. Elle se traite en quelques jours, et elle doit être introduite sans tarder : attendre affaiblit précisément l'urgence qu'il faut démontrer.



Le point de départ se calcule précisément, et c'est là que des recours se perdent. Lorsque la décision est notifiée par recommandé avec accusé de réception, le premier jour du délai est celui qui suit le jour de la réception du pli, et ce jour compte dans le délai. Si vous refusez le pli, le délai part du lendemain du refus : refuser ne gagne rien. Et lorsque la notification se fait par recommandé simple, le délai commence le troisième jour ouvrable qui suit l'envoi, sauf preuve contraire que vous apportez. La date de la poste fait foi, tant pour l'envoi que pour la réception.

Attention à ne pas confondre avec les amendes administratives prévues par la même loi. Celles-là se contestent devant le tribunal de première instance de Bruxelles, dans le délai fixé pour le paiement, par une requête qui suspend l'exécution de la décision et contre laquelle aucun appel n'est possible. Ce n'est ni la même juridiction ni le même délai.


L'extrême urgence ne se présume pas


C'est le piège de cette procédure. Dans l'affaire de juin 2024, la requête avait été introduite trois jours après la décision, et elle a pourtant été rejetée faute d'urgence établie.


Le Conseil d'État rappelle que l'urgence suppose un inconvénient d'une certaine gravité causé par l'exécution immédiate de la décision, et la constatation que le cours normal de la procédure ne permettrait pas d'y remédier utilement. Elle présente « trois aspects : une immédiateté suffisante, une gravité suffisante et une irréversibilité éventuelle des conséquences dommageables ».


Surtout : « la charge de la preuve des conditions de l'urgence incombe au requérant ». Il lui revient de les identifier dès sa requête, pièces à l'appui.


Écrire que l'on a perdu son emploi ne suffit pas. Il faut établir, dès le dépôt, en quoi la situation est immédiate, grave et difficilement réversible. C'est un travail de dossier, et il se prépare avant d'agir.


Une affaire montre que l'administration peut reculer


Dans le dossier tranché en décembre 2024, quelque chose d'instructif s'est produit. En cours de procédure, l'administration a informé le Conseil d'État qu'elle retirait elle-même la décision attaquée.


Le Conseil d'État a donc constaté qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur l'annulation, et a rouvert les débats sur la demande d'indemnité réparatrice introduite par le requérant. L'indemnité de procédure a été mise à charge de l'État.


La leçon est pratique : un recours sérieusement motivé peut conduire l'administration à revenir sur sa décision avant même que le juge ne tranche.


Questions fréquentes


Peut-on me retirer ma carte sans condamnation ?


Oui. La décision repose sur un profil défini par la loi, apprécié notamment à partir de renseignements de police. Des procès-verbaux classés sans suite peuvent être pris en compte si les faits sont suffisamment graves.


J'ai été acquitté : l'administration doit-elle en tenir compte ?


Elle ne peut pas écrire que les faits sont établis alors qu'une juridiction vous en a acquitté. Le Conseil d'État y voit une motivation inadéquate en fait, qui justifie l'annulation de la décision.


Combien de temps ai-je pour contester ?


Soixante jours pour le recours en annulation devant le Conseil d'État. Si la décision est notifiée par recommandé avec accusé de réception, le délai part du lendemain de la réception du pli ; s'il s'agit d'un recommandé simple, du troisième jour ouvrable qui suit l'envoi. La demande de suspension en extrême urgence, elle, doit être introduite sans attendre.


Puis-je refuser l'enquête sur les conditions de sécurité ?


Vous pouvez, mais la loi vous considère alors comme ne satisfaisant pas aux conditions de sécurité. Le refus équivaut à une décision négative.


Que se passe-t-il si je ne conteste pas ?


La décision vous est opposable pendant trois ans : la loi exige de ne pas avoir fait l'objet, au cours des trois dernières années, d'une décision constatant que vous ne satisfaisiez pas aux conditions de sécurité.


Une condamnation pour roulage m'empêche-t-elle d'exercer ?


La loi écarte expressément les condamnations pour infraction à la réglementation sur la police de la circulation routière de la condition relative aux condamnations. Elles peuvent en revanche être examinées sous l'angle du profil.


La décision doit-elle être motivée ?


Oui, la notification d'une décision négative reprend les motifs. Certains renseignements peuvent toutefois être tus, notamment ceux touchant à la sécurité de l'État, au secret d'une instruction en cours ou à la vie privée de tiers.


Votre carte est retirée, et le délai court


Entre une décision qui peut s'appuyer sur des faits jamais jugés, un délai de soixante jours et un blocage de trois ans en cas d'inaction, l'écart se comble en quelques jours de travail, pas en quelques semaines d'attente.


Si votre dossier comporte un classement sans suite, un acquittement ou des faits anciens, ces éléments se plaident. Encore faut-il les porter dans les formes et dans les temps. Si une mention policière est à l'origine du refus, voyez aussi les démarches pour faire corriger ou effacer vos données. Prenez contact sans attendre.


Olivier Dupont — avocat depuis 2007, pratiquant quotidiennement le droit pénal, le droit de la jeunesse, et le droit des personnes vulnérables, titulaire de l'agrément requis pour intervenir devant la Cour de cassation en matière pénale.


Cet article s'appuie sur la loi du 2 octobre 2017 réglementant la sécurité privée et particulière, dans sa version consolidée intégrant les modifications publiées jusqu'au 30 juillet 2026 ; sur l'arrêté du Régent du 23 août 1948 déterminant la procédure devant la section du contentieux administratif du Conseil d'État, dans sa version consolidée au 21 janvier 2026 ; sur la loi du 29 juillet 1991 relative à la motivation formelle des actes administratifs ; et sur les arrêts du Conseil d'État n° 260.326 du 28 juin 2024 et n° 261.730 du 12 décembre 2024, lus dans leur texte intégral. Consultés les 3 et 4 octobre 2026. Information générale ; chaque situation mérite un examen particulier.

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