Préparer son procès correctionnel avec son avocat : les semaines qui précèdent
Entre la citation et l'audience, il y a souvent plusieurs mois. C'est ce temps-là qui décide du résultat, bien plus que les vingt minutes passées devant le tribunal. Voici ce qui se fait pendant cette période, et dans quel ordre.
Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. La préparation commence par la lecture intégrale du dossier au greffe, dès la signification de la citation. Viennent ensuite les décisions de stratégie : demander un devoir complémentaire, faire citer un témoin, déposer des conclusions, envisager une indemnisation. Il faut aussi réunir les pièces qui parlent de vous et non des faits, parce que ce sont elles qui pèsent sur la peine. Enfin, l'interrogatoire se prépare : ce que vous direz, et surtout la manière dont vous le direz.
Étape 1 : lire le dossier, en entier
Rien ne se décide avant cette lecture. Le dossier est déposé au greffe à partir de la signification de la citation, et c'est à ce moment que le travail commence. Nous détaillons cette démarche dans notre article sur la consultation du dossier répressif.
La lecture sert à répondre à une seule question : que peut-on réellement prouver contre vous, et avec quoi. La réponse détermine tout le reste, y compris l'attitude à adopter à l'audience.
Étape 2 : arbitrer la ligne de défense
Il n'y a pas trente-six lignes possibles. On conteste les faits, on conteste la qualification, on conteste la manière dont la preuve a été recueillie, ou on discute la peine. Ces positions peuvent se combiner, mais elles ne se valent pas et elles ne s'improvisent pas à l'audience.
Un élément doit être intégré dans ce calcul : le tribunal n'est pas lié par la qualification donnée aux faits dans l'acte qui le saisit. Il doit leur donner leur qualification légale exacte. La défense doit donc anticiper une requalification, favorable ou non.

Étape 3 : les devoirs et les témoins
Si le dossier est incomplet, c'est maintenant qu'il faut le dire. Un devoir complémentaire peut être sollicité, un témoin peut être cité. La citation d'un témoin se prépare à l'avance, et l'avocat a intérêt à informer préalablement le tribunal et les autres parties de son intention d'en faire entendre un. Il faut savoir que le tribunal apprécie souverainement s'il y a lieu d'entendre un témoin, et qu'un refus reste possible.
Le besoin d'un devoir ou d'un témoin est d'ailleurs l'un des motifs de remise que les juridictions reconnaissent, à condition qu'il soit présenté à temps et motivé.
Étape 4 : les pièces qui parlent de vous
C'est la partie que les prévenus négligent le plus, et c'est souvent celle qui fait bouger la peine. Réunissez, selon votre situation :
les preuves de vos revenus et de vos charges ;
la composition de ménage et ce qui établit vos responsabilités familiales ;
un contrat de travail, une attestation d'employeur, une inscription en formation ;
la preuve des démarches entreprises depuis les faits, thérapeutiques, professionnelles ou financières ;
la preuve des remboursements déjà effectués à la victime ;
tout document attestant d'une situation personnelle qui explique, sans excuser.
Ces pièces n'ont d'effet que si elles sont déposées et expliquées. Un dossier de pièces remis au tribunal sans un mot ne sert à rien.
Étape 5 : la question de l'indemnisation
Lorsqu'une partie civile réclame, la position à adopter se décide avant l'audience. Indemniser ou commencer à indemniser avant de comparaître change la nature du débat : cela retire à la partie civile son principal argument et cela pèse favorablement sur l'appréciation du tribunal.
Cela suppose évidemment que le principe même de la responsabilité ne soit pas contesté. Là encore, c'est un arbitrage, et il se pose en amont.
Étape 6 : les conclusions
Lorsque la défense soulève un moyen technique, la nullité d'un devoir, une contestation de qualification, la prescription, un désaccord sur le montant réclamé, ces moyens se déposent par écrit. En règle, les conclusions se remettent au juge à l'audience. Le dépôt au greffe n'est admis que lorsque le juge a fixé des délais dans un calendrier de procédure.
Écrire des conclusions n'est pas une formalité : c'est ce qui oblige le tribunal à répondre point par point dans sa motivation, et c'est ce qui prépare un éventuel appel.
Étape 7 : préparer l'interrogatoire
Le prévenu est interrogé par le tribunal. Cette étape se prépare, non pour réciter un texte, mais pour savoir ce que l'on veut dire, ce que l'on ne veut pas dire, et comment ne pas se laisser entraîner. Le ton compte autant que le contenu.
Le droit de se taire subsiste à l'audience, mais il ne s'y exerce pas comme devant la police : le silence devant un tribunal qui doit fixer une peine a un autre poids. C'est une décision à prendre avec l'avocat, pas sur le banc. Le déroulement complet de l'audience permet de savoir à quel moment cette question se posera.
Questions fréquentes
Dois-je écrire une lettre au tribunal avant l'audience ?
En principe non. Une lettre non sollicitée est rarement utile et peut être versée au dossier. Ce que vous avez à dire se dit à l'audience ou se dépose en conclusions.
Puis-je venir accompagné ?
L'audience est publique, vos proches peuvent donc être présents dans la salle. Leur présence est parfois perçue favorablement, mais elle ne remplace aucune pièce.
Faut-il apporter des attestations de moralité ?
Elles pèsent peu si elles sont vagues. Une attestation utile est précise, datée, signée et vérifiable.
Combien de temps avant l'audience faut-il consulter un avocat ?
Dès la réception de la citation. Consulter tardivement ferme des options, notamment celle d'obtenir une remise pour préparer la défense.
Une audience correctionnelle à préparer sérieusement ? Nos avocats en droit pénal lisent le dossier, construisent la défense et préparent l'audience avec vous, partout en Wallonie et à Bruxelles : prenez contact.
Olivier Dupont — avocat depuis 2007, pratiquant quotidiennement le droit pénal, le droit de la jeunesse, et le droit des personnes vulnérables, titulaire de l'agrément requis pour intervenir devant la Cour de cassation en matière pénale.
Cet article s'appuie sur le Code d'instruction criminelle dans sa version consolidée en vigueur en septembre 2026 et sur le Code pénal entré en vigueur le 1er septembre 2026, ainsi que sur la jurisprudence de la Cour de cassation. Il donne une information générale ; chaque situation mérite un examen particulier.




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