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Parloir, téléphone, courrier : ce qui est contrôlé, ce qui ne l'est pas, et ce qu'il vaut mieux ne pas dire

il y a 51 minutes
5 min de lecture

« Est-ce qu'ils écoutent ? » La question revient à chaque premier appel depuis la prison, et à chaque première visite. La réponse tient en deux niveaux. La prison exerce un contrôle limité, fixé par la loi de principes, pour l'ordre et la sécurité. Le juge d'instruction, lui, dispose de pouvoirs d'enquête qui peuvent atteindre les échanges de votre proche. Voici ce que chacun peut faire, et la conduite à tenir.


Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. Le courrier entrant est ouvert pour vérifier qu'il ne contient pas d'objet, mais il n'est en principe pas lu ; le courrier sortant n'est normalement pas contrôlé. Le téléphone est enregistré quant aux numéros appelés, pas quant au contenu, sauf mesure du juge. Au parloir, le surveillant veille à l'ordre mais n'écoute pas les conversations. Les échanges avec l'avocat ne sont jamais contrôlés. En revanche, pendant l'instruction, le juge d'instruction peut saisir la correspondance, restreindre les contacts, obtenir le relevé des appels et des visites, et ordonner des écoutes dans les conditions du Code d'instruction criminelle. La règle de prudence : au parloir et au téléphone, ne parlez pas des faits.

Le courrier


Le droit de correspondre est en principe illimité : votre proche peut envoyer et recevoir autant de lettres qu'il le souhaite. Le courrier entrant peut être ouvert par le directeur ou un membre du personnel désigné, pour vérifier qu'il ne sert pas à transmettre des objets ou des substances. Il n'est lu que s'il existe des indices personnalisés que c'est nécessaire dans l'intérêt de l'ordre ou de la sécurité. Le courrier sortant est remis sous pli fermé, avec le nom du détenu au verso, et n'est ouvert qu'à titre tout à fait exceptionnel, sur indices personnalisés. Si un courrier n'est pas envoyé, le détenu en est informé avec les motifs.


La correspondance avec l'avocat ne peut faire l'objet d'aucune restriction, d'aucun contrôle, d'aucune censure. Il en va de même pour la correspondance d'un détenu étranger avec les agents consulaires de son pays. Notre article sur écrire à un détenu donne les aspects pratiques.


Le téléphone


Votre proche téléphone à ses frais, depuis un compte d'utilisateur et un code strictement personnels, aux moments fixés par le règlement de la prison. L'administration pénitentiaire peut contrôler les communications pour des raisons d'ordre et de sécurité, mais ce contrôle porte uniquement sur les numéros formés, pas sur le contenu des conversations. L'ensemble des données de téléphonie est enregistré et peut être communiqué aux autorités judiciaires dans les cas prévus par la loi, notamment au juge d'instruction qui le demande. Le détenu en est averti lorsqu'il demande l'accès au téléphone.


Les appels à l'avocat, possibles tous les jours entre 8 h et 20 h 30, ne sont pas comptés dans le quota quotidien. Notre article sur téléphoner à un détenu explique le fonctionnement.


Le parloir


Les visites ont lieu en présence d'un surveillant, dont la mission est d'empêcher les échanges illicites et de faire respecter le règlement, mais qui ne peut pas écouter les conversations. Le parloir à vitre n'est imposé que dans des cas précis (mesure d'ordre motivée, sanction disciplinaire, régime de sécurité particulier). Après un mois de détention, des visites dans l'intimité, hors surveillance, peuvent être demandées avec une personne avec laquelle le détenu justifie d'une relation affective durable.


Toutes les visites sont inscrites sur une fiche individuelle jointe au dossier du détenu. Sur réquisition d'un magistrat, le détail des visites (identité des visiteurs, dates, heures) peut être obtenu. Notre article sur le permis de visite décrit les règles d'accès.



Ce que le juge d'instruction peut faire


Le contrôle de la prison est limité. Le juge d'instruction, lui, mène une enquête, et la loi lui donne des moyens :


  • Interdire toute communication pendant trois jours au maximum, ou interdire les visites, le courrier et les appels avec des personnes nommément désignées.

  • Ordonner la saisie des correspondances écrites par votre proche ou qui lui sont adressées ; pendant une mise au secret, tout le courrier est transmis au juge.

  • Obtenir le relevé des appels et des visites, et demander l'identification des numéros.

  • Ordonner, dans les conditions strictes du Code d'instruction criminelle, l'écoute et l'enregistrement de communications, pour les infractions graves que la loi énumère. Une ligne téléphonique de la famille peut être concernée si elle est en relation avec l'enquête.


Ces mesures ne sont pas la règle, et beaucoup de dossiers ne les connaissent pas. Mais la famille ne saura pas si elles ont été prises, et elle n'a pas à le savoir : c'est le secret de l'instruction.


La conduite à tenir


Une consigne simple protège votre proche et vous-même : au parloir, au téléphone et par courrier, ne parlez pas des faits. Pas de « qu'est-ce qui s'est passé », pas de « dis-leur que », pas de version à accorder, pas de message à transmettre à quelqu'un d'autre. Tout ce qui touche au dossier se dit à l'avocat, dont les échanges sont protégés.


Ce n'est pas seulement une précaution contre une écoute. C'est aussi que des propos en apparence anodins (« ne t'inquiète pas, j'ai rangé tes affaires », « untel ne dira rien ») peuvent être lus comme une disparition de preuves ou une collusion, et transformer une libération proche en maintien en détention. Notre article sur ce que le juge redoute explique ces notions.


Parlez de la famille, des enfants, de la santé, de l'argent sur le compte, des vêtements, des visites. C'est ce dont il a besoin, et c'est sans risque.


Un exemple. Une femme rend visite à son compagnon détenu pour des faits de trafic. Au parloir, elle lui dit qu'un ami « a récupéré le sac dans la cave ». Quelques semaines plus tard, à l'audience de la chambre du conseil, le parquet dépose le procès-verbal d'une écoute ordonnée par le juge d'instruction sur la ligne de l'ami. Le risque de disparition de preuves, que la défense espérait voir écarté, est confirmé, et la détention maintenue.


Questions fréquentes


Les lettres sont-elles lues ?


En principe non. Elles sont ouvertes pour vérifier leur contenu matériel, et ne sont lues qu'en cas d'indices personnalisés liés à l'ordre ou à la sécurité, ou si le juge d'instruction a ordonné leur saisie.


Peut-on utiliser une messagerie ou une visioconférence avec un détenu ?


Seulement par les dispositifs que la prison met en place. Les téléphones portables sont interdits en détention ; leur détention par un détenu est une infraction disciplinaire.


Le surveillant du parloir peut-il rapporter ce qu'il a entendu ?


Il n'a pas pour mission d'écouter, mais il peut constater des comportements contraires au règlement et mettre fin à la visite. Ce qu'il constate peut faire l'objet d'un rapport.


Puis-je écrire à mon proche des choses sur son dossier ?


Évitez. Le courrier peut être saisi par le juge d'instruction et rejoindre le dossier. Ce qui concerne la défense passe par l'avocat.


Les échanges avec l'avocat sont-ils vraiment protégés ?


Oui. Courrier, téléphone et visites de l'avocat ne peuvent faire l'objet d'aucun contrôle, ni par la prison, ni par le juge d'instruction, en raison du secret professionnel et des droits de la défense.


Un proche vient d'être arrêté ou placé sous mandat d'arrêt ? Nos avocats en droit pénal interviennent dès les premières heures, partout en Wallonie et à Bruxelles, 7j/7 : prenez contact et transmettez-nous simplement son nom.


Cet article s'appuie sur la loi du 20 juillet 1990 relative à la détention préventive, le Code d'instruction criminelle et la loi de principes du 12 janvier 2005 concernant le statut juridique des détenus, dans leur version en vigueur en septembre 2026, ainsi que sur le Code pénal entré en vigueur le 1er septembre 2026. Il donne une information générale ; chaque situation mérite un examen particulier.

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