top of page

Mandat d'arrêt : qui le décide, à quelles conditions, pour combien de temps ?

il y a 4 heures
6 min de lecture

Votre proche « a été placé sous mandat d'arrêt ». Derrière cette formule se cache la décision la plus lourde de toute la phase d'enquête : un juge d'instruction a estimé qu'il devait être détenu avant tout jugement, alors qu'il est présumé innocent. Cet article explique qui prend cette décision, à quelles conditions, comment elle se déroule, et ce qu'elle implique dans les jours qui suivent.


Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. Seul le juge d'instruction peut décerner un mandat d'arrêt, après avoir interrogé votre proche en présence de son avocat. Il faut des indices sérieux de culpabilité, un fait punissable d'une peine de niveau 2 au moins et une absolue nécessité pour la sécurité publique ; pour les faits moins graves, un danger de récidive, de fuite, de disparition de preuves ou de collusion. Le mandat s'exécute en prison ou sous bracelet électronique et vaut cinq jours : la chambre du conseil décide ensuite du maintien, pour un mois, puis de mois en mois, puis tous les deux mois. Le mandat lui-même n'est pas susceptible d'appel ; sa régularité se conteste à la première audience.

Qui décide ?


Seul le juge d'instruction peut décerner un mandat d'arrêt. La police et le parquet ne le peuvent pas. Le procureur du Roi, qui dirige l'enquête pendant les premières 48 heures, doit donc saisir un juge d'instruction et lui demander de décerner le mandat. Le juge est libre de refuser : il peut laisser votre proche en liberté, avec ou sans conditions. Sur son rôle, voyez le juge d'instruction : qui est-il, que décide-t-il ; sur les autres mandats, mandat d'amener, mandat d'arrêt, mandat d'arrêt par défaut.


Avant de décider, le juge d'instruction doit obligatoirement interroger votre proche. Cet interrogatoire a lieu en présence de son avocat, sauf s'il y a renoncé par écrit. Le juge doit lui indiquer qu'un mandat d'arrêt peut être décerné et l'entendre en ses observations. Un mandat décerné sans cet interrogatoire est irrégulier.


À quelles conditions ?


La loi du 20 juillet 1990 impose plusieurs conditions cumulatives. Il faut :


  • Des indices sérieux de culpabilité. Des soupçons vagues ne suffisent pas ; le juge doit disposer d'éléments concrets qui désignent votre proche.

  • Un fait suffisamment grave. Depuis le nouveau Code pénal, la détention préventive n'est possible que pour les infractions punissables d'une peine de niveau 2 au moins, ce qui exclut les infractions les plus légères.

  • L'absolue nécessité pour la sécurité publique. C'est le cœur de la décision. La loi interdit expressément de décerner un mandat d'arrêt pour exercer une répression immédiate ou une forme de contrainte.

  • Pour les faits punissables d'une peine ne dépassant pas le niveau 4 (niveau 3 pour certaines infractions), des motifs supplémentaires : un danger de récidive, un risque de fuite, un risque de disparition de preuves ou de collusion avec des tiers.


Le mandat d'arrêt doit être motivé et mentionner concrètement ces éléments. C'est sur cette motivation que la défense travaille dès la première audience.


Prison ou bracelet électronique ?


Le juge d'instruction choisit la modalité d'exécution : la détention en prison, ou la détention sous surveillance électronique, à domicile, avec un bracelet. Dans les deux cas, il s'agit d'une détention préventive, avec les mêmes contrôles et les mêmes délais. La surveillance électronique peut être demandée d'emblée ou plus tard, et le juge peut passer de l'une à l'autre en cours de procédure. Les règles propres à cette modalité sont détaillées dans le bracelet électronique en détention préventive.


Pour combien de temps ?


Le mandat d'arrêt est valable cinq jours à compter de son exécution. Dans ce délai, votre proche comparaît devant la chambre du conseil, qui vérifie la régularité du mandat et décide de maintenir ou non la détention. Si elle ne statue pas dans les cinq jours, votre proche doit être libéré.


Si la détention est maintenue, l'ordonnance de la chambre du conseil vaut pour un mois. La chambre du conseil réexamine ensuite la situation de mois en mois, puis, à partir de la quatrième décision, tous les deux mois, jusqu'à la fin de l'instruction. À chaque étape, la libération peut être ordonnée, avec ou sans conditions. Et chaque jour passé en détention sera déduit de la peine éventuelle : voyez la détention préventive compte-t-elle double ?


Le juge d'instruction peut, lui aussi, lever le mandat d'arrêt à tout moment, de sa propre initiative ou à la demande de la défense. Sur l'ensemble des délais, voyez combien de temps peut durer la détention préventive.


Ce qui se passe juste après la signification


Le mandat d'arrêt est signifié à votre proche dans les 48 heures de son arrestation, avec copie des procès-verbaux de ses auditions. Il est ensuite conduit en prison, ou à son domicile pour la pose du bracelet. S'il ne comprend pas la langue de la procédure, voyez les droits du détenu étranger.


Dès sa première audition par le juge d'instruction, votre proche peut communiquer librement avec son avocat. Ce droit ne peut jamais être restreint.


En revanche, lorsque les nécessités de l'enquête le commandent, le juge d'instruction peut prononcer une interdiction de communiquer avec toute autre personne que l'avocat. Cette mesure ne peut pas dépasser trois jours à partir de la première audition et ne peut pas être renouvelée. Le juge peut aussi, par ordonnance motivée, interdire les visites, le courrier ou le téléphone avec des personnes nommément désignées, s'il craint une disparition de preuves ou une collusion. La défense peut demander à la chambre du conseil de lever ou modifier ces restrictions. Voyez l'interdiction de communiquer et la restriction des contacts.


Un exemple. Un homme est interpellé pour des faits de coups et blessures dans un contexte familial. Le juge d'instruction le place sous mandat d'arrêt en retenant un danger de récidive et un risque de pression sur la victime. Cinq jours plus tard, la chambre du conseil, sur plaidoirie de l'avocat qui propose un hébergement chez un tiers et une interdiction de contact, ordonne la libération sous conditions. L'instruction se poursuit, mais l'homme n'est plus détenu.



Peut-on faire appel du mandat d'arrêt ?


Non, pas directement. La loi ne prévoit aucun recours contre le mandat d'arrêt lui-même. Le contrôle se fait devant la chambre du conseil, dans les cinq jours. C'est à cette audience que la défense peut contester la régularité du mandat, et c'est le seul moment où elle peut le faire : ensuite, seule la nécessité du maintien en détention est encore discutée. L'ordonnance de la chambre du conseil est, elle, susceptible d'appel dans les 24 heures devant la chambre des mises en accusation.


Questions fréquentes


Un mandat d'arrêt signifie-t-il que mon proche est considéré comme coupable ?


Non. Il reste présumé innocent jusqu'à une condamnation définitive. Le mandat d'arrêt repose sur des « indices sérieux », pas sur une preuve de culpabilité. La loi exige d'ailleurs que les inculpés détenus soient traités sans que leur détention ait un caractère punitif.


Le juge d'instruction peut-il décerner un mandat d'arrêt pour n'importe quelle infraction ?


Non. Le fait doit être punissable d'une peine de niveau 2 au moins, et les conditions strictes de la loi (indices sérieux, absolue nécessité pour la sécurité publique, motifs particuliers pour les faits moins graves) doivent être réunies.


Peut-on obtenir la libération avant l'audience de la chambre du conseil ?


Oui. Le juge d'instruction peut lever le mandat d'arrêt à tout moment. Une demande motivée de l'avocat, appuyée par des éléments concrets (hébergement, emploi, garanties), peut aboutir avant même la première comparution.


Que se passe-t-il si le mandat d'arrêt est irrégulier ?


Si la chambre du conseil constate que le mandat est irrégulier, votre proche est remis en liberté. Le juge d'instruction peut toutefois, à certaines conditions, décerner un nouveau mandat. C'est un point à faire examiner immédiatement par l'avocat.


Mon proche peut-il être placé sous bracelet dès le début ?


Oui. Le juge d'instruction peut décider dès le mandat d'arrêt que la détention s'exécutera sous surveillance électronique, à l'adresse indiquée par votre proche. Cela suppose une adresse fixe où le matériel de surveillance peut être installé ; les déplacements y sont strictement limités.


Un proche vient d'être arrêté ou placé sous mandat d'arrêt ? Nos avocats en droit pénal interviennent dès les premières heures, partout en Wallonie et à Bruxelles, 7j/7 : prenez contact et transmettez-nous simplement son nom.


Cet article s'appuie sur la loi du 20 juillet 1990 relative à la détention préventive et sur la loi de principes du 12 janvier 2005 concernant le statut juridique des détenus, dans leur version en vigueur en septembre 2026, ainsi que sur le Code pénal entré en vigueur le 1er septembre 2026. Il donne une information générale ; chaque situation mérite un examen particulier.

Posts récents

Voir tout

Commentaires


Les commentaires sur ce post ne sont plus acceptés. Contactez le propriétaire pour plus d'informations.
bottom of page