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Peut-on faire entrer un parent en maison de repos contre sa volonté ?

3 oct.
7 min de lecture

Votre mère ne peut plus rester seule. Vous le voyez, le médecin le dit, la fratrie en parle le dimanche. Elle, elle refuse. Et quelqu'un finit par poser la question que personne n'osait formuler : peut-on l'y mettre sans son accord ?


Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. Non, la famille ne peut pas imposer une entrée en maison de repos. Un adulte choisit son lieu de vie, et ce droit ne se perd pas avec l'âge. Lorsqu'une protection judiciaire est ordonnée, le juge de paix doit se prononcer expressément sur la capacité de choisir sa résidence ; s'il ne dit rien sur ce point, votre parent reste libre de le faire. Et même quand ce pouvoir est confié à un administrateur, celui-ci doit encore être spécialement autorisé par le juge pour changer la résidence.

Qui décide du lieu de vie d'une personne âgée ?


Le droit ne fixe aucun seuil d'âge, aucun degré de dépendance à partir duquel une personne cesserait de pouvoir vivre chez elle. Tant qu'aucune décision de justice n'en dispose autrement, le choix du lieu de vie appartient à votre parent, et il lui appartient même lorsque son entourage juge ce choix déraisonnable.


Ce n'est donc ni l'avis du médecin traitant, ni l'inquiétude des enfants, ni l'épuisement d'un conjoint qui retire ce droit. Ces éléments peuvent justifier de saisir un juge. Ils ne remplacent pas sa décision.



Ce que change une mesure de protection, et ce qu'elle ne change pas


On imagine souvent qu'une mise sous administration règle la question. C'est faux, et le texte est précis. Le juge de paix énumère expressément, dans son ordonnance, les actes que la personne protégée ne peut plus accomplir seule. En l'absence d'indication, elle reste capable pour tous les actes relatifs à sa personne.


Mieux : la loi impose au juge de se prononcer en tout cas expressément sur la capacité de choisir sa résidence. Ce point ne peut pas être passé sous silence. Il figure donc dans l'ordonnance, ou ce choix n'a pas été retiré.


La première chose à faire, avant toute discussion de famille, est donc de lire l'ordonnance. Nous expliquons ailleurs comment savoir si une mesure existe et comment en obtenir la trace.


Même l'administrateur doit demander l'autorisation


Supposons que le juge ait retiré ce choix et confié le pouvoir à un administrateur de la personne. Le verrou n'est pas levé pour autant : l'administrateur de la personne doit être spécialement autorisé par le juge de paix pour changer la résidence de la personne protégée.


Il y a donc deux temps, et deux occasions d'intervenir. Celui où le juge décide si la personne garde ce choix. Et celui où, le cas échéant, il autorise ou refuse le changement proposé. Une famille qui découvre le projet le jour du déménagement a laissé passer les deux.


Trois conditions doivent être réunies pour qu’un administrateur de la personne puisse choisir où vivra la personne protégée. Il faut que le juge ait constaté, dans son ordonnance, qu’elle n’est plus capable de choisir elle-même sa résidence. Il faut qu’il ne s’agisse pas du logement familial, qui bénéficie d’une protection propre et dont le sort relève alors du conjoint ou du cohabitant. Et il faut une autorisation spéciale, demandée au juge pour ce déplacement précis.


Les décisions publiées montrent ce que cela donne concrètement. Le 16 mai 2017, le juge de paix de Fléron a autorisé un administrateur à engager les démarches de placement en maison de repos. La personne concernée était grabataire, ne quittait plus son lit depuis plusieurs années et dépendait entièrement de tiers pour tous les actes de la vie quotidienne. Le juge a retenu l’urgence et accordé l’autorisation.


L’enseignement vaut pour les proches. Ce n’est pas la perte d’autonomie en elle-même qui a emporté la décision, mais une situation documentée où le maintien à domicile n’était plus assuré par quiconque. Et l’urgence a permis d’aller vite, sans les délais ordinaires. Une famille qui veut peser sur l’issue a donc intérêt à faire connaître sa position pendant que le dossier se construit, et non le jour où il se referme.


Que devient le logement pendant la mesure ?


La loi va plus loin, et c'est la disposition la moins connue de tout ce dossier. Le logement de la personne protégée, et les meubles meublants dont il est garni, doivent rester à sa disposition aussi longtemps que possible.


Le texte envisage expressément l'hospitalisation et l'éloignement de longue durée. Même dans ces hypothèses, disposer des droits sur le logement suppose une autorisation du juge de paix. Et il ajoute une garantie décisive : avant que cette autorisation puisse être accordée, la personne protégée qui possède le discernement requis, sa personne de confiance et son administrateur de la personne sont invités à être entendus s'ils le souhaitent.


Il existe donc un siège réservé à la table où se décide le sort de la maison, et il porte un nom. C'est tout l'intérêt de se faire désigner personne de confiance avant que le projet n'arrive. Nous détaillons par ailleurs ce que l'administrateur ne peut pas vendre sans autorisation.


La mise en observation n'est pas une porte d'entrée


Reste la tentation du raccourci : faire hospitaliser pour gagner du temps, puis organiser l'entrée pendant l'hospitalisation. Ce raisonnement se heurte à un texte qui ne s'y prête pas.


Une mesure de protection de la personne atteinte d'un trouble psychiatrique suppose trois conditions réunies : un trouble psychiatrique, l'absence de tout autre traitement approprié, et un danger grave — soit que la personne mette gravement en péril sa santé et sa sécurité, soit qu'elle constitue une menace grave pour la vie ou l'intégrité d'autrui. L'âge, la perte d'autonomie et l'inquiétude de la famille ne remplissent aucune de ces conditions. Nous détaillons ces conditions et leur portée.


La loi connaît aussi une formule de soins hors hôpital, en milieu familial ou en institution. Le juge de paix peut l’ordonner à la demande de tout intéressé, pour quarante jours au plus, prolongeables ensuite d’année en année. Il confie à une personne, ou au responsable d’une institution, le soin de veiller sur l’intéressé, et à un médecin celui de le traiter ; il lui rend visite au moins une fois par an. Mais les conditions de départ ne changent pas, et c’est là que le raccourci se brise : il faut le trouble, l’absence d’autre traitement approprié et le danger grave. Une perte d’autonomie, même lourde, n’y suffit pas. Nous détaillons ce mécanisme dans notre article consacré aux soins en milieu familial.


Emmener un parent de force : où commence l'infraction ?


Il faut le dire sans dramatiser, parce que la question se pose réellement dans les familles. Le Code pénal entré en vigueur en septembre 2026 définit la privation de liberté comme tout comportement adopté délibérément par lequel une personne est illégalement privée de sa liberté d'aller et venir, ou est retenue en la maîtrisant, en l'enfermant ou par toute autre entrave. Et il aggrave la sanction lorsque la victime est une personne en situation de vulnérabilité.


Un parent qui entre en maison de repos à contrecœur, mais qui peut en sortir, n'est pas séquestré. La ligne ne passe pas par le mécontentement : elle passe par l'entrave à la liberté d'aller et venir. Emmener de force, empêcher de repartir, organiser matériellement l'impossibilité du retour, voilà où le terrain change de nature. Ce n'est pas une mise en garde théorique : c'est la raison pour laquelle ces décisions se prennent devant un juge, et pas autour d'une table.


Ce que vous pouvez faire, dans l'ordre


Si votre parent comprend encore ce qu'il refuse, le terrain n'est pas judiciaire mais contractuel : c'est le moment du mandat extrajudiciaire, par lequel il organise lui-même qui décidera pour lui, et dans quelles limites. Rien de ce qui précède ne s'applique s'il a pris les devants.


S'il ne comprend plus, la voie est la protection judiciaire, et elle se prépare. Dans la requête, on peut demander expressément que le juge statue sur la capacité de choisir la résidence, suggérer qui désigner comme administrateur, et se proposer comme personne de confiance. Le contenu du dossier décide de la suite.


Et si une mesure existe déjà, tout se joue à la lecture de l'ordonnance, puis au moment de la demande d'autorisation. C'est là que des observations écrites pèsent, pas après.


Questions fréquentes


Est-il possible d'obliger une personne âgée à aller en maison de repos ?


La famille ne le peut pas. Un juge de paix peut retirer à une personne protégée la capacité de choisir sa résidence, et autoriser ensuite un changement de résidence demandé par l'administrateur de la personne. Mais cela suppose une décision, motivée, prise après instruction du dossier. Rien dans ce parcours ne permet d'employer la contrainte physique.


Comment faire quand une personne âgée refuse une maison de repos ?


En commençant par admettre que ce refus est un droit. Ensuite, en distinguant deux situations : celle où votre parent comprend ce qu'il refuse, et celle où il ne le comprend plus. Dans le premier cas, la discussion reste familiale et médicale. Dans le second, elle devient judiciaire, et elle se prépare avant d'être engagée.


Que se passe-t-il si quelqu'un refuse d'entrer en EHPAD ?


Le terme « EHPAD » est français et ne correspond à aucune catégorie belge : on parle ici de maison de repos. Pour le reste, la réponse est la même : le refus produit son effet tant qu'une décision de justice n'a pas retiré à la personne le choix de sa résidence.


Quand une personne âgée ne peut plus rester seule ?


Le droit ne répond pas à cette question, et c'est important de le comprendre. Il ne fixe ni âge ni degré de dépendance. Ce qu'il organise, c'est qui décide lorsque la personne n'est plus en état de décider, et selon quelle procédure. La réponse médicale et la réponse juridique ne se confondent pas.


Le médecin peut-il décider de l'entrée en maison de repos ?


Non. Son avis est souvent déterminant pour convaincre, et un certificat circonstancié est requis lorsqu'une requête en protection est déposée. Mais aucun médecin ne détient le pouvoir de décider du lieu de vie d'un adulte.


La question se prépare, elle ne s'improvise pas


Les familles qui perdent cette bataille ne la perdent presque jamais sur le fond. Elles la perdent parce qu'elles découvrent le projet trop tard, parce que personne n'avait lu l'ordonnance, ou parce qu'aucune d'elles n'avait le titre pour être entendue. Tout cela se décide des mois avant le déménagement.


Contactez le cabinet avant que la question se pose en urgence.



Olivier Dupont — avocat depuis 2007, pratiquant quotidiennement le droit pénal, le droit de la jeunesse, et le droit des personnes vulnérables, titulaire de l'agrément requis pour intervenir devant la Cour de cassation en matière pénale.


Cet article s'appuie sur les dispositions du Code civil relatives à la protection des personnes majeures, sur la loi du 26 juin 1990 relative à la protection imposée à une personne atteinte d’un trouble psychiatrique et sur le Code pénal du 29 février 2024, dans leur version consolidée. La décision citée est celle de la Justice de paix de Fléron du 16 mai 2017, publiée au Journal des Juges de paix, 2018, n° 9-10, p. 516-517. Il décrit le droit en vigueur à la date de publication et ne remplace pas l'examen d'un dossier.

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