Faut-il aller voir la victime ou les autres personnes impliquées avant l'audition ?
Le réflexe est humain : après une dispute, un accident, un malentendu, on veut parler à l'autre. Avant une audition, ce réflexe se paie cher. Voici pourquoi, cas par cas, et comment obtenir ce que vous cherchez sans vous nuire.
Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. Tout contact avec la victime ou un témoin avant l'audition peut être lu comme une tentative d'influencer l'enquête, quelles que soient vos intentions ; il crée un fait nouveau, souvent écrit, que la police découvrira. Le retrait d'une plainte n'arrête pas le parquet. Ce que vous voulez obtenir, une explication, une réparation, un apaisement, peut être proposé par l'avocat, au bon moment, sans risque. D'ici là : aucun message, aucun appel, aucune visite, aucun intermédiaire.
La victime
Aller la voir pour s'excuser ou s'expliquer, c'est lui donner une seconde déclaration à faire : « il est venu chez moi, il m'a dit que… ». Lui demander de retirer sa plainte, c'est risquer d'être accusé de pression, et donner à l'enquête un élément qui pèse plus lourd que les faits initiaux. Lui proposer de l'argent, c'est pire. Même un message bienveillant fixe par écrit des mots que vous n'avez pas choisis avec un avocat, et qui seront lus comme une reconnaissance. Voyez convocation pour une plainte déposée contre moi.
Les témoins
« Tu te souviens, on était ensemble, tu confirmeras ? » Cette phrase, dite à un ami, transforme un témoin en témoin influencé. Si l'enquêteur l'apprend, et il le demande souvent, le témoignage perd sa valeur et vous perdez votre crédibilité. Un témoin utile sera identifié par vous et par votre avocat, et l'avocat pourra demander son audition par la police, ce que la loi vous permet. Ce n'est pas à vous de le préparer.
Les autres personnes impliquées
Quand plusieurs personnes sont convoquées pour les mêmes faits, accorder les versions est la tentation la plus forte et la plus dangereuse. Les auditions se font séparément, souvent le même jour, et les enquêteurs comparent ; une version trop concordante se repère aussi bien qu'une version contradictoire. Et si les intérêts divergent, ce que vous aurez dit à l'autre pourra être répété contre vous. Chacun prépare son audition avec son avocat ; les avocats se parlent, si c'est utile, dans le cadre de leur secret.
Ce que la police en saura
Beaucoup. Les messages se conservent, les appels laissent des traces, les visites se racontent. La victime ou le témoin, s'ils sont entendus à nouveau, rapporteront le contact, souvent en premier. Un enquêteur qui découvre une démarche de ce type ne la lit jamais comme un geste de bonne volonté. Et si vous êtes convoqué pour des faits impliquant une interdiction de contact, judiciaire ou prévue par une mesure antérieure, le contact est en lui-même une infraction.
Ce que vous cherchez, et comment l'obtenir
Une réparation : elle se propose par l'avocat, qui écrit à la partie adverse ou à son conseil, au moment utile, sans reconnaissance imprudente, et elle peut ouvrir la voie à une transaction ou à une médiation proposées par le parquet ; voyez que se passe-t-il après une audition ? Une explication : elle se donne à l'audition, où elle est actée dans les formes. Un apaisement : il vient après, quand le dossier est terminé, et il est plus solide s'il n'a pas été forcé avant.

Si c'est l'autre qui vous contacte
Ne répondez pas sur le fond. Conservez le message, l'appel, la trace de la visite, et remettez-les à votre avocat : ils peuvent être utiles, notamment s'ils contiennent des menaces, des propositions ou une version différente de la plainte. Ne bloquez pas nécessairement le contact avant d'en avoir parlé, mais ne l'alimentez pas.
Un exemple. Un homme convoqué pour des coups sur son voisin lui glisse un mot dans la boîte : « désolé pour l'autre soir, on peut en parler ? ». Le voisin remet le mot à l'enquêteur. À l'audition, la première question porte sur ce mot ; « l'autre soir » et « désolé » sont lus comme une reconnaissance des faits. La défense, qui devait porter sur la légitime défense, commence par une explication de texte.
Questions fréquentes
La victime est un membre de ma famille avec qui je vis : comment ne pas lui parler ?
Vous ne pouvez pas éviter tout contact, mais vous pouvez éviter de parler des faits et de la plainte. Si une interdiction de contact a été prononcée, respectez-la strictement ; parlez-en à l'avocat en urgence.
Si la victime retire sa plainte avant l'audition, suis-je encore convoqué ?
Oui, l'audition a lieu. Le parquet décide seul de la suite ; un retrait est un élément, pas une clôture.
Puis-je demander à mon avocat de contacter la victime avant l'audition ?
L'avocat apprécie le moment ; avant l'audition, une prise de contact est rarement opportune. Il pourra, le cas échéant, s'adresser au conseil de la victime, dans les règles de la profession.
Vous avez reçu une convocation ? Nos avocats en audition par la police la lisent avec vous, préparent l'audition et vous assistent le jour même, partout en Wallonie et à Bruxelles, 7j/7 : prenez contact.
Pour aller plus loin
Cet article s'appuie sur l'article 47bis du Code d'instruction criminelle dans sa version en vigueur et sur le Code pénal entré en vigueur le 1er septembre 2026. Il donne une information générale ; chaque situation mérite un examen particulier.




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