Que faire si les policiers haussent le ton, insistent ou promettent la clémence ?
La plupart des auditions se passent calmement. Certaines non : la voix monte, la même question revient, on vous dit que « tout le monde sait déjà », que « ça ira mieux si vous parlez ». Ces moments sont précisément ceux pour lesquels la loi a organisé la présence de l'avocat. Voici ce qui est permis, ce qui ne l'est pas, et comment tenir.
Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. L'enquêteur peut insister, reformuler, confronter, exprimer son scepticisme : ce n'est pas interdit. Il ne peut pas exercer de pressions ou de contraintes illicites, et l'avocat a pour mission légale de contrôler le traitement qui vous est réservé et de faire acter les violations qu'il observe. Une promesse de clémence n'engage personne : l'enquêteur ne décide pas de la suite. Face à la tension, une seule ligne : rester calme, ne pas répondre à la pression, demander une pause ou une concertation, et faire acter.
Ce que l'enquêteur peut faire
Son travail est d'obtenir des éléments, et la loi le laisse mener l'audition comme il l'entend, dans certaines limites. Il peut poser plusieurs fois une question restée sans réponse, vous dire qu'il ne vous croit pas, vous présenter des pièces, vous confronter à une déclaration contraire, hausser le ton pour marquer une contradiction. Tout cela est désagréable, pas illégal. Ce qui compte, c'est que rien de tout cela ne vous oblige à répondre : chaque question laisse intact votre droit de vous taire ; voyez le droit de se taire : quand l'utiliser.
Ce qu'il ne peut pas faire
La loi charge l'avocat de contrôler « le traitement réservé à la personne interrogée durant l'audition, en particulier l'exercice manifeste de pressions ou contraintes illicites ». Sont visés les menaces, les intimidations, les privations (pause, eau, toilettes), les auditions prolongées jusqu'à l'épuisement, les promesses qui conditionnent un avantage à des aveux. La loi ajoute qu'aucune condamnation ne peut être fondée sur des déclarations obtenues en violation du droit à la concertation ou à l'assistance de l'avocat ; et un procès-verbal qui porte la mention de pressions perd beaucoup de sa valeur.

La promesse de clémence
« Si vous reconnaissez maintenant, le parquet en tiendra compte. » « Si vous coopérez, on n'ira pas plus loin. » Ces phrases reviennent, parfois sincères, souvent tactiques. Elles n'engagent personne : l'enquêteur ne décide ni du classement, ni de la transaction, ni de la peine. Ce qui pèse réellement sur la suite, c'est ce que vous reconnaissez et comment, décidé avec un avocat, pas ce qu'on vous promet dans la salle. Voyez convoqué pour des faits que j'ai commis : faut-il tout avouer ?
Ce que fait l'avocat
Il demande que la pression soit actée : « mon client vient de se voir dire que… ; je demande que cela figure au procès-verbal ». Cette seule demande change le climat, parce que l'enquêteur sait ce que la mention vaudra plus tard. Il demande une pause, ou une concertation, qui interrompt l'audition et vous laisse reprendre pied. Il demande, si nécessaire, que l'audition soit interrompue et reprise un autre jour. Et à la relecture, il vérifie que les mentions demandées y figurent. Voyez que peut faire l'avocat pendant l'audition ?
Si vous êtes seul
Sans avocat, la tension est plus difficile à tenir, et c'est pour cela qu'il faut en avoir un. Si vous y êtes quand même, trois phrases : « je souhaite une pause » ; « je ne souhaite plus répondre » ; « je souhaite consulter un avocat avant de poursuivre ». Dites-les calmement, et demandez qu'elles soient actées. Ne vous justifiez pas, ne vous énervez pas, ne répondez pas « pour en finir » : c'est exactement l'effet recherché par la pression. Voyez peut-on quitter le commissariat pendant l'audition ?
Après l'audition
Si des pressions ont eu lieu, elles doivent figurer au procès-verbal ou faire l'objet d'un courrier de l'avocat au parquet dans les jours qui suivent. Une contestation tardive convainc peu ; une contestation actée sur le moment ou écrite immédiatement pèse. Voyez j'ai signé un procès-verbal qui ne dit pas ce que j'ai dit.
Un exemple. Une femme entendue pour des faits de vol dans le magasin où elle travaille refuse de répondre à une question sur un collègue. L'enquêteur la repose cinq fois, puis dit : « si vous ne parlez pas, c'est vous qui porterez le chapeau pour tout le monde ». L'avocat demande que la phrase soit actée. L'enquêteur passe à la suite ; la phrase figure au procès-verbal, et le parquet la lira.
Questions fréquentes
L'enquêteur peut-il me dire qu'il a des preuves qu'il n'a pas ?
La loi interdit les pressions et contraintes illicites sans définir chaque procédé. Quoi qu'il dise détenir, répondez sur ce que vous savez, pas sur ce qu'on vous annonce ; demandez à voir la pièce, et une concertation avant de répondre.
Puis-je porter plainte contre un policier pour la manière dont l'audition s'est passée ?
Des voies existent, notamment auprès du Comité P. Elles se décident avec l'avocat, après l'audition, et sur la base de ce qui a été acté.
Et si l'enquêteur est simplement désagréable ?
Ce n'est pas une violation de la loi. Restez sur les faits, répondez court, et gardez la mention au procès-verbal pour ce qui dépasse la simple rudesse.
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Pour aller plus loin
Cet article s'appuie sur les articles 21bis, 28quinquies et 47bis du Code d'instruction criminelle dans leur version en vigueur et sur le Code pénal entré en vigueur le 1er septembre 2026. Il donne une information générale ; chaque situation mérite un examen particulier.




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