Mon mari, mon fils, mon frère a été arrêté : que se passe-t-il pendant les 48 premières heures ?
Un coup de téléphone, une voiture de police devant la maison, ou simplement un proche qui ne rentre pas : vous apprenez qu'il a été arrêté. En Belgique, la privation de liberté qui suit une arrestation ne peut pas durer plus de 48 heures sans la décision d'un juge d'instruction. Ces 48 heures sont décisives. Voici ce qui s'y passe, ce que votre proche peut faire, et ce que vous pouvez faire pour lui.
Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. Après une arrestation, la police et le parquet disposent de 48 heures au maximum, sans prolongation possible. Pendant ce délai, votre proche a droit à un avocat avant et pendant l'audition, au silence, à faire prévenir une personne de confiance et à une assistance médicale. Au terme des 48 heures, il est libéré, libéré sous conditions, ou placé sous mandat d'arrêt par un juge d'instruction, seul habilité à le faire. Vous pouvez dès maintenant mandater un avocat pénaliste et rassembler les informations utiles ; vous ne devez pas intervenir dans l'enquête.
D'où vient ce délai de 48 heures ?
La Constitution belge (article 12) et la loi du 20 juillet 1990 relative à la détention préventive fixent une règle simple : personne ne peut être privé de liberté plus de 48 heures sans qu'un juge n'intervienne. Le délai court à partir du moment où votre proche n'a plus la liberté d'aller et venir, c'est-à-dire dès qu'il est interpellé, pas à partir de son arrivée au commissariat.
Ce que l'on appelle en France la « garde à vue » correspond en Belgique à cette période d'arrestation. Le vocabulaire diffère, mais l'idée est la même : la police et le parquet disposent d'un temps limité pour interroger, vérifier et décider.
Pendant ce délai, votre proche est en principe retenu dans un commissariat ou un local de police, pas encore en prison. Il n'entre en prison que si un mandat d'arrêt est délivré.
Qui décide pendant ces 48 heures ?
Deux cas de figure existent. En cas de flagrant délit, la police peut arrêter votre proche elle-même, puis en informe immédiatement le procureur du Roi. Hors flagrant délit, c'est le procureur du Roi (ou le juge d'instruction, si une instruction est déjà ouverte) qui décide de l'arrestation.
Dans les deux cas, le parquet décide ensuite de la suite : libérer votre proche, éventuellement après audition, ou demander à un juge d'instruction de le placer sous mandat d'arrêt. Seul le juge d'instruction peut décerner un mandat d'arrêt ; ni la police ni le parquet ne peuvent le faire.

Les droits de votre proche pendant l'arrestation
La loi accorde à toute personne arrêtée une série de droits, qui doivent lui être rappelés avant sa première audition :
Le droit de s'entretenir confidentiellement avec un avocat avant d'être interrogé, pendant 30 minutes au maximum. S'il n'a pas d'avocat, la permanence organisée par les barreaux en désigne un. La police doit attendre cet entretien, dans la limite de deux heures.
Le droit d'être assisté par cet avocat pendant l'audition elle-même.
Le droit de garder le silence et de ne pas s'accuser lui-même.
Le droit de faire informer une personne de son choix de son arrestation. C'est souvent ainsi que la famille apprend la nouvelle. Le procureur du Roi ou le juge d'instruction peut différer cette information, par décision motivée, lorsque l'enquête l'exige.
Le droit à une assistance médicale, et subsidiairement à être examiné par un médecin de son choix.
Le droit à un interprète s'il ne comprend pas la langue de la procédure.
Si votre proche a plus de 18 ans, il peut renoncer à l'avocat, mais uniquement par écrit, après avoir été informé des conséquences, et après avoir pu téléphoner à un avocat de permanence. C'est rarement une bonne idée : ce qui est dit pendant ces premières heures pèse sur toute la suite du dossier. Sur le rôle de cet avocat et le choix du suivant, voyez l'avocat de permanence et l'avocat choisi.
Ce que vous pouvez faire, concrètement
Vous ne pouvez pas rendre visite à votre proche au commissariat, et vous n'aurez généralement pas accès aux policiers qui l'interrogent. Mais vous n'êtes pas sans moyens.
Contacter un avocat. Vous pouvez choisir un avocat pénaliste et lui demander d'intervenir. Il prendra contact avec les services de police ou le parquet pour se faire connaître comme le conseil de votre proche. C'est votre proche qui confirmera ce choix, puisque le droit à l'avocat lui appartient.
Rassembler les informations utiles : nom complet et date de naissance de votre proche, lieu et heure de l'arrestation, commissariat concerné si vous le connaissez, traitement médical en cours.
Prévenir de ses besoins médicaux. Si votre proche suit un traitement, signalez-le à l'avocat ou au commissariat : il a droit à une assistance médicale.
Ne pas chercher à intervenir dans l'enquête. Contacter des témoins, la personne qui a porté plainte ou d'autres personnes impliquées peut être interprété comme une tentative de pression et se retourner contre votre proche.
Un exemple. Une mère apprend à 22 h que son fils a été emmené par la police après une bagarre. Elle appelle un avocat le soir même. L'avocat identifie le commissariat et se présente comme conseil du jeune homme ; il assiste à l'audition le lendemain matin. Le parquet décide finalement de le libérer après audition, avec une convocation ultérieure devant le tribunal. Sans avocat, le jeune homme aurait été entendu avec un avocat de permanence qu'il n'aurait jamais revu.
Comment se termine le délai de 48 heures ?
Trois issues sont possibles.
La libération pure et simple. Le parquet estime qu'une détention n'est pas nécessaire. Cela ne signifie pas que le dossier est clos : votre proche peut être poursuivi plus tard devant le tribunal.
La libération sous conditions. Si un juge d'instruction est saisi, il peut, au lieu d'un mandat d'arrêt, laisser votre proche en liberté en lui imposant des conditions : interdiction de contacter certaines personnes, obligation de se présenter, suivi thérapeutique, éventuellement une caution.
Le mandat d'arrêt. Le juge d'instruction, après avoir interrogé votre proche en présence de son avocat, décide de le placer en détention préventive, en prison ou sous surveillance électronique. Le mandat doit être signifié dans les 48 heures de l'arrestation. À défaut, votre proche doit être libéré.
Si un mandat d'arrêt est délivré, votre proche comparaît devant la chambre du conseil dans les cinq jours. C'est là que se joue le maintien ou non de la détention. Pour organiser les premiers jours, voyez que faire la première semaine.
Questions fréquentes
La police peut-elle prolonger les 48 heures ?
Non. Le délai de 48 heures est fixé par la Constitution et ne peut pas être prolongé. Seul un mandat d'arrêt délivré par un juge d'instruction, signifié dans ce délai, permet de maintenir votre proche en détention au-delà.
Pourquoi personne ne me dit où il est ni ce qu'on lui reproche ?
Pendant l'arrestation, l'enquête est secrète. La police n'est pas tenue de vous renseigner. Votre proche, lui, a le droit de faire prévenir une personne de confiance. Un avocat mandaté obtiendra en revanche les informations nécessaires à la défense. Voyez aussi comment savoir si quelqu'un est en prison, et où.
Puis-je lui apporter des vêtements, des médicaments ou de quoi manger ?
Adressez-vous au commissariat concerné ; la pratique varie d'un service à l'autre. Les besoins médicaux doivent en tout cas être signalés, car votre proche a droit à une assistance médicale pendant l'arrestation.
Il a été libéré après 48 heures : c'est fini ?
Pas nécessairement. La libération signifie seulement que le parquet ou le juge n'a pas estimé la détention nécessaire. L'enquête peut se poursuivre et déboucher sur une citation devant le tribunal, une transaction ou un classement sans suite.
Et s'il est mineur ?
Les règles sont différentes : un mineur relève en principe du juge de la jeunesse et non d'un mandat d'arrêt. Consultez nos pages consacrées au droit de la jeunesse.
Un proche vient d'être arrêté ou placé sous mandat d'arrêt ? Nos avocats en droit pénal interviennent dès les premières heures, partout en Wallonie et à Bruxelles, 7j/7 : prenez contact et transmettez-nous simplement son nom.
Cet article s'appuie sur la loi du 20 juillet 1990 relative à la détention préventive et sur la loi de principes du 12 janvier 2005 concernant le statut juridique des détenus, dans leur version en vigueur en septembre 2026, ainsi que sur le Code pénal entré en vigueur le 1er septembre 2026. Il donne une information générale ; chaque situation mérite un examen particulier.



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