Les questions pièges de l'audition de police, et comment y répondre
L'enquêteur fait son travail : obtenir des éléments. Ses questions sont conçues pour cela, et certaines formes sont redoutablement efficaces sur une personne qui n'y est pas préparée. Les connaître ne les rend pas inoffensives, mais permet d'y répondre sans dire ce qu'on n'a pas décidé de dire.
Ce qu'il faut retenir en 30 secondes. Sept formes reviennent : la question qui présuppose un fait, la question fermée qui force un oui ou un non, la double question, la question sur vos intentions ou vos sentiments, la question hypothétique, la reformulation qui déforme, et le silence qui invite à combler. À chacune, une réponse existe : répondre à la question réellement posée, séparer ce qui est mélangé, refuser de qualifier, dire « je ne sais pas » quand c'est vrai, corriger la reformulation, et ne pas remplir les silences. L'avocat peut demander qu'une question soit clarifiée avant que vous ne répondiez.
La question qui présuppose
« Quand vous l'avez frappé, était-ce avant ou après qu'il ait crié ? » Répondre « avant » ou « après », c'est admettre le coup. La réponse : reprendre le présupposé. « Je n'ai pas dit que je l'avais frappé ; ce que j'ai fait, c'est… » Ou, si vous avez choisi de ne pas répondre sur ce point : « je ne réponds pas à cette question ». L'avocat peut demander que la question soit reformulée sans le présupposé.
La question fermée
« Vous étiez énervé, oui ou non ? » La forme exige un mot, et le mot sera écrit. La réponse : refuser la contrainte du format quand la réalité ne s'y prête pas. « Ce n'est ni oui ni non : j'étais surpris, pas énervé. » Vous avez le droit de répondre dans vos propres termes et de demander qu'ils soient actés tels quels ; voyez faire acter ses réponses dans les termes utilisés.

La double question
« Vous êtes arrivé vers 22 h et vous avez tout de suite vu que la porte était forcée ? » Deux faits, une seule réponse attendue. Un « oui » confirme les deux. La réponse : séparer. « Je suis arrivé vers 22 h. Je n'ai pas remarqué la porte tout de suite. »
La question sur les intentions et les sentiments
« Pourquoi avez-vous envoyé ce message ? », « qu'est-ce que vous ressentiez à ce moment-là ? », « vous vouliez lui faire peur ? » Ce sont les questions les plus dangereuses, parce qu'elles portent sur l'élément que l'enquête a le plus de mal à établir : ce qui se passait dans votre tête. Décrire un fait est une chose ; qualifier une intention en est une autre, et ce n'est pas à vous de le faire. La réponse : s'en tenir aux faits, et, si nécessaire, « je ne réponds pas aux questions sur ce que je pensais ». Voyez convoqué pour des faits que j'ai commis.
La question hypothétique
« Si vous aviez été à sa place, vous auriez eu peur ? », « admettons que ce soit vous sur la vidéo, comment expliqueriez-vous… » Une hypothèse acceptée devient une déclaration. La réponse : « je ne réponds pas à des hypothèses ». Sans agressivité ; c'est une position, pas un affrontement.
La reformulation qui déforme
Vous dites : « je l'ai repoussé parce qu'il avançait vers moi ». L'enquêteur, en tapant, dit : « donc vous l'avez poussé ». Le verbe a changé, le contexte a disparu. La réponse : corriger immédiatement, avant que la phrase ne soit écrite, et vérifier à la relecture. « Non : repoussé, parce qu'il avançait vers moi. » C'est le cas le plus fréquent, et le moins intentionnel ; il tient à la synthèse. Voyez relire son procès-verbal avant de signer.
Le silence
Vous avez répondu ; l'enquêteur ne dit rien, vous regarde, attend. La plupart des gens remplissent : ils ajoutent une précision, une justification, un détail. C'est là que sortent les phrases qu'on regrette. La réponse : rien. La question a reçu sa réponse ; le silence qui suit n'est pas une question. Attendez la suivante.
Ce que l'avocat fait de tout cela
Il ne peut pas répondre à votre place, mais il peut demander des clarifications sur les questions posées, faire acter une reformulation inexacte, et demander une concertation si une question vous met en difficulté. Et surtout, il vous a fait travailler ces formes avant l'audition, en jouant le rôle de l'enquêteur ; voyez préparer son audition avec un avocat et que peut faire l'avocat pendant l'audition ?
Un exemple. Un homme entendu pour des dégradations sur une voiture répond à toutes les questions par des faits. Puis l'enquêteur demande : « et si c'était vous, vous comprendriez que le propriétaire soit furieux ? ». Il commence : « bien sûr, moi aussi je serais… ». L'avocat demande une clarification : la question est-elle une question sur les faits ? L'enquêteur passe à la suivante. La phrase entamée n'est pas actée.
Questions fréquentes
L'enquêteur a-t-il le droit de mentir, par exemple sur l'existence d'une preuve ?
Les enquêteurs n'ont pas le droit d'obtenir des déclarations par des pressions ou des contraintes illicites ; l'avocat contrôle ce point. Mais ne fondez jamais une réponse sur ce que l'enquêteur dit détenir : répondez sur ce que vous savez.
Puis-je demander à voir la pièce avant de répondre à une question sur elle ?
Oui, et demander une concertation avec l'avocat avant de répondre. Vous pouvez aussi demander que la pièce soit jointe au dossier.
Et si je me rends compte après coup que j'ai répondu à une question piège ?
Corrigez à la relecture, avant de signer. Après signature, une rectification reste possible mais plus faible ; voyez j'ai signé un procès-verbal qui ne dit pas ce que j'ai dit.
Vous avez reçu une convocation ? Nos avocats en audition par la police la lisent avec vous, préparent l'audition et vous assistent le jour même, partout en Wallonie et à Bruxelles, 7j/7 : prenez contact.
Pour aller plus loin
Cet article s'appuie sur l'article 47bis du Code d'instruction criminelle dans sa version en vigueur et sur le Code pénal entré en vigueur le 1er septembre 2026. Il donne une information générale ; chaque situation mérite un examen particulier.




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